Second album de Sun Ra à paraître sur le label indépendant Jazz Philly, après Lanquidity, c’est aussi un disque de l’année 78. Enregistré en public il est d’une veine toute différente, n’ayant pas l’unité artistique d’un concept album, il rassemble des performances accolées les unes aux autres ayant pour seule caractéristique commune d’avoir été jouées dans la même soirée. Il passe ainsi d’un genre à l’autre, ce qui n’enlève rien à l’intérêt des morceaux qui le composent.
Mayan Temples est le premier d’entre eux, il est très évocateur des préoccupations et de la musique de Sun Ra. Fasciné par les anciennes civilisations, le Sun les a étudiées avec passion, et, la civilisation Maya, avec ses mythes et ses mystères, n’a pu que le passionner. On retrouve le thème récurrent de la marche et de la procession dans sa musique. Ici, nul doute, l’auditeur gravit les marches majestueuses qui s’élèvent vers l’entrée du temple. Le rythme est lent, solennel, clarinettes basses, hautbois et basson escaladent chaque marche de la même manière répétitive, tandis que les flûtes s’entrecroisent et jouent des mélodies aériennes. Les percussions, si essentielles dans la musique de Sun Ra, entretiennent constamment la richesse et la variété des rythmes. Un très beau titre.
Le second Over The Rainbow est une reprise au piano du célèbre standard. Le maître se fait plaisir, accompagné par la basse de Richard Willian et la batterie du désormais fidèle Luqman Ali. Vélocité et sensibilité sont présentes au rendez-vous de cette prestation dans un registre très classique. Le même trio joue Inside the blues, précisément dans la tradition, l’interprétation est très carrée et même, pour ainsi dire, rock ’n roll!
Intrinsic Energies ouvre la seconde face, en compagnie de l’Arkestra. Sun Ra joue une assez longue introduction au piano électrique, accompagné par la section rythmique au complet. Marshall Allen à l’alto intervient ponctuellement pour effectuer une succession de solos assez courts, dialoguant avec l’orgue qui développe des envolées free.
Of Mythic Worlds fait part belle à John Gilmore qui développe un intense solo de ténor, dialoguant à son tour avec Sun Ra qui zèbre l’espace d’accords dissonants. Le ténor continue sa chevauchée folle, jusque dans le cri, mais toujours avec cette retenue qui caractérise son jeu, comme s’il était trop polissé, trop réservé, c’est d’ailleurs là tout le charme de John Gillmore, qui sous des aspects rassurants vous emmène mieux que quiconque vers des espaces inexplorés, comme par inadvertance... Sun Ra ne fait pas autant de manière pour exposer de complexes figures et d’improbables arabesques avec son orgue électrique. Remarquons avec amusement que sur les notes de pochettes il est écrit que « ces musiciens de jazz d’avant-garde » sont revendiqués comme étant la principale influence musicale du groupe de New Wave B-52s, comme quoi, le free mène à tout !
Sans être un album majeur, il reste cependant très intéressant et réserve de bons moments.