OFF COURSE
7.2
OFF COURSE

Album de Oh Sees (2026)

Il n’est pas toujours aisé de trouver quelque chose de « nouveau » à dire à chaque nouvel album de Osees (ex-OCS, ex-The Ohsees, ex-Thee Oh Sees, ex-Oh Sees) alors qu’on en est à la trentaine de disques parus. Après tout, au stade où l’on en est, tout le monde doit savoir s’il aime, s’il déteste ou s’il est indifférent au groupe de John Dwyer, à son impressionnante machine punk / psyché / expérimentale poussant tous les curseurs dans le rouge, et plus redoutable scéniquement qu’en studio. Néanmoins, OFF-COURSE vaut particulièrement la peine qu’on s’y arrête, parce qu’il marque une inflexion musicale notable par rapport aux brûlots enragés que Dwyer & Co nous ont offerts ces dernières années. Une inflexion, ou plus exactement une rupture ?

Il s'agirait en tout cas une rupture annoncée, et donc pas réellement une surprise. Annoncée par Cara Maluco (« un type bien barré », en brésilien !), un EP de quatre titres et quinze minutes, paru en mars dernier, qui rompait avec la forme précédente de la musique de Osees, que l’on pouvait résumer par « rythme frénétique + guitare saturée + deux batteries déchaînées + CONTRÔLE ! ». Cara Maluco voyait Dwyer repartir vers un groove plus élastique, une respiration musicale plus libre, une esthétique de la répétition. Et un sentiment de flottement que le groupe avait abandonné depuis certains passages de Face Stabber ou de Smote Reverser. Malheureusement passé inaperçu à sa sortie (en tous cas chez nous), Cara Maluco dévoilait clairement le programme de ce OFF COURSE (que l’on peut lire comme un joli jeu de mots entre « évidemment » et « hors trajectoire »).

Dwyer a expliqué que ce nouvel album avait été créé de manière radicalement différente de ses prédécesseurs : Osees seraient revenus à une « ancienne méthode » de composition, à partir de longues jams prolongées, où tous les musiciens improvisent et collaborent. Le produit de ces jams est ensuite patiemment remodelé, réenregistré même partiellement, pour en particulier y injecter des mélodies. Le résultat est étonnant, et surtout, il est important de le préciser, jamais réellement difficile d’accès, et surtout très varié : tout en renouant avec la dimension la plus « aventureuse » du groupe, le plaisir de l’écoute est évident. Il y a un bonheur presque « physique » des longues dérives « cosmiques », avec les claviers prenant régulièrement l’ascendant sur les guitares, et renvoyant les plus nostalgiques d’entre nous à la période dorée des Can, Neu et autres créateurs de Krautrock. Mais il y a aussi une discipline très claire imposée par le perfectionniste qu’est John Dwyer, qui confère à la musique un aspect extrêmement « pensé » dans sa construction sonore. Et puis, on l’a dit, il y a ce goût pour les mélodies « pop », évidentes, presque naïves, qui permet de s’ancrer régulièrement à des passages faciles, que l’on a envie de chanter avec Dwyer : c’est particulièrement net avec OFF COURSE, le long premier titre (plus de neuf minutes) qui, après un démarrage très prog / planant, et avec une montée en intensité bien caractéristique du groupe, est illuminé par une ritournelle pop réjouissante. Pas de doute, c’est un nouveau classique qui devrait prouver son efficacité sur scène !

L’album comprend seulement cinq titres, trois morceaux plutôt longs suivis par deux chansons plus resserrées. HECATE’S REFLECTION IS A TRICK et THE TRICK poursuivent donc dans la logique du morceau OFF COURSE, construisent ensemble une sorte de longue suite d’abord « prog rock », puis jazzy, avec, dans sa première partie, une voix féminine prépondérante – s’agit-il de celle de Brigid Dawson qui a réintégré le groupe l’année dernière ?

SYRINGE marque un retour à une sorte de chanson plus simple, mais paradoxalement plus déconstruite, parasitée par des expérimentations vocales. Mais c’est surtout le très étonnant THE BRUTE ON HIS KNEES qui marque, en « faisant tache ». Car ce dernier titre ne semble pas appartenir au même album, en fait, ni dans sa structure – on a affaire là à une chanson Rock presque « traditionnelle » – ni sans son chant (est-ce Dwyer qui chante dans un registre inaccoutumé, abandonnant sa voix de fausset habituelle ?). Certains parlent d’un Whiter Shade of Pale revu et corrigé pour 2026 ! Nous y entendons plutôt, quant à nous, quelque chose des Stranglers de La Folie ou de Feline. C’est en tous cas une approche totalement inédite chez Osees : une très belle chanson, ample, sombre et romantique à la fois. Qu’est-ce que ça signifie ? Une nouvelle direction pour Dwyer – qui dans ce cas-là, serait réellement une rupture radicale – ou simplement une petite parenthèse (enchantée) histoire de nous montrer que ce diable d’homme sait réellement tout faire ?

[Critique écrite en 2026]

https://www.benzinemag.net/2026/06/09/osees-off-course-surprises/

Eric-Jubilado
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