Immanuel Wilkins – Omega
Là c’est du lourd, ne vous fiez pas à cet air d’étudiant sage et réservé, à l’intérieur ça gronde et ça bout. Immanuel vient de Philadelphie, là où a grandi Coltrane. « Et alors ? » Me direz-vous « Ben, si quand même !» Vous répondrais-je benoîtement. Ce n’est pas un album novateur, du tout, mais Immanuel ne s’interdit rien et ça c’est bien, ne vous attendez pas à une balade tranquille et confortable, vous pourriez être bousculé au détour d’un accord, secoué même…
Il joue du sax, alto, c’est l’un des petits, les touches sont proches, et, si les doigts ne sont pas grands, ça permet de jouer vite, en plus c’est pas trop lourd autour du cou, les graves sont graves mais jamais trop et les aigus envoient, ça oui, ils envoient loin et haut ! Le jeune Immanuel est déjà un maître, quelle prouesse ! Il reste un peu de scolaire dans son jeu, forcément, mais quel cœur, quelle âme, ça vous rouleteboule vite fait les tripes un jeu comme ça !
C’est particulièrement cette suite en quatre parties, ça vous rappelle forcément quelque chose les anciens ? Ça se passe entre le sixième et le neuvième titre, une durée d’environ vingt-six minutes où tout se joue, mais là, ça confine à l’intime, chacun fera son expérience, tout le monde ne grimpe pas aux rideaux pour les mêmes motifs ! Déjà il y avait eu ce chant de révolte « Mary Turner- An American Tradition » qui avait durement attisé les braises, car Immanu s’inscrit clairement dans la lutte de libération du peuple noir, en miroir cet autre titre également, pioché dans l'actualité brûlante, "Ferguson - An American Tradition"…
Il n’est pas seul, épaulé et porté par Micah Thomas au piano, Daryl Johns à la basse et Drums Kweku Sumbry à la batterie, aussi jeunes que lui et il est déjà sur Blue Note, sous l’aile bienveillante d’Ambrose Akinmusire et de Jason Moran qui produit l’album.
A suivre et poursuivre, vivement la suite !