John Stevens, Paul Rutherford, Evan Parker, Barry Guy – One Four And Two Twos – (2012)


L’année de parution correspond à celle de la sortie du support Cd et non pas à l’époque des enregistrements. En effet ceux-ci plongent plus loin dans les âges et se présentent comme une sorte de compile de ce jazz anglais free et essentiellement improvisé.


La formation présentée sur la pochette est celle présente sur les quatre premiers titres de la version originale vinyle parue en mille neuf cent quatre-vingts, sous le titre « 4,4,4, ». Si on ajoute le cinquième titre d’une minute et trente-huit secondes, on retrouve la première réédition Cd de mille neuf cent quatre-vingt-treize.


Et pour présenter le tout, il faut également ajouter sur cette riche édition, trois titres du duo Paul Rutherford et Barry Guy, enregistrés à Milan le vingt-deux novembre soixante-dix-neuf au Théâtre Autéo de Milan. Mais également deux titres d’un autre duo réunissant John Stevens et Evan Parker, à Londres en janvier quatre-vingt-douze.


Voilà l’objet tel qu’il se présente, un album devenu compile par l’ajout de riches enregistrements qui lui donnent fière allure, pour peu que l’on soit sensible à ce « free-british » aux accents expérimentaux. Alors John Stevens est aux percussions, il ajoute sa voix également, Paul Rutherford joue du trombone mais aussi de l’euphonium, Evan Parker du saxophone soprano ou ténor, et Barry Guy est non seulement à la contrebasse mais il ajoute également une discrète touche électro.


Les périodes mentionnées ci-dessus sont déjà comme une description de la musique enregistrée, tant ce free à base d’impro totale est représentatif de son époque. Certains bouderont peut-être, mais d’autres iront bravement au front pour goûter cette saveur libertaire inouïe tellement fraîche et audacieuse, riche et insondable.


Ici pas de titre ou d’indice descriptif, juste des numéros dont celui-ci qui présente la masse totale : ça frôle les soixante-dix-huit minutes de folie collective, à quatre et parfois à deux. De quoi se laisser emporter par cette radicalité, tellement vivante et crue, mais à la manière anglaise, sans hurlements, il n’est que de goûter aux échanges entre Parker et Paul Rutherford, aux grincements énergiques de Barry Guy et à la précision de Stevens, pôle créateur décisif à son poste.


La première partie à quatre est tout simplement merveilleuse, à la fois bouillonnante et charnue, riche en diable et abondante en flux incessants, c’est le meilleur ici, tout est bon. Je ne sais s’il existe d’autres enregistrements de ces quatre-là, mais l’idée paraît tellement évidente à l’écoute de cette réunion si prometteuse. Bien sûr ces musiciens sont souvent évoqués dans ces pages, mais ma petite recherche ne me permet pas de dénicher d’autres traces de ce quartet, où alors comme éléments d’ensembles plus importants encore !


Le premier duo entre Barry Guy et Paul Rutherford est à l’évidence expérimental, c’est le terrain qu’ils aiment, eux les forts créateurs, bravaches et preux, ils se connaissent bien et pratiquent l’échange à deux à d’autres occasions. Pendant une vingtaine de minutes ils barbouillent, gazulent et torticotent de concert, créant un dialogue évident et plein de répondant, plein de schmürz et de grings, de quoi étonner ceux qui stationnent devant eux, contemplatifs et souriants, massés à l’Autéo…


John Stevens et Evan Parker c’est pas mal non plus, sont-ils plus radicaux, plus extrêmes, plus souvent encore que d’autres dans les excès producteurs de Kolestéroll and rock ? Alors goûtons à ce free-jazz des grandes années encore, des combattants de l’an II du free, où, parfois, ça faisait battre le cœur bien trop vite, plus que ça n’aurait dû, car la voie n’était pas sans risque ni danger…

xeres
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le 26 juin 2025

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