Otis Redding est mort très jeune, sa carrière fut brève et pourtant il est devenu un pilier, un mythe éternel de la soul music, une figure qui va bien au-delà des mots et critiques que l’on peut formuler sur telle ou telle chanson. Je ne m’attarderai pas sur la technique, les arrangements ou encore les mélodies, dans mon idée ce serait lui faire injure et briser la part d’imaginaire que véhicule toujours ce chanteur soul. Je ne sais même pas si ce texte sera sur cet album exceptionnel ou l’éloge d’un être hors normes, il y aura surement un peu des deux.

Là où cette musique se dit de l’âme, j’y vois un chanteur qui sort ses tripes, qui nous fait admettre que tout, dans la musique ne peut pas s’expliquer. Ce que l’on ressent à l’écoute de cet album nous ramène à l’inexplicable car on ne veut pas l’expliquer. Cette voix avait un pouvoir de pure magie, sans que je sache lequel, mais lorsque je m’installe pour écouter Otis, je sens une émotion monter, un bonheur proche des larmes m’envahir. Tout s’efface et devient musical, cette voix venue du plus profond de la gorge d’un des chanteurs noirs les plus inspirés, posée sur des mélodies qui charmeraient n’importe quel serpent, moi le premier. Cette voix possède les mêmes effets qu’une drogue, possède les mêmes effets que les rêves. On plonge, totalement consentant, dans un état second de béatitude, on oublie les douleurs d’une vie morne et sans enjeu pour ne se consacrer qu’à cette musique qui parvient, au-delà de la monotonie quotidienne, à stimuler ce que notre âme conserve, envers et contre tous, de grandes émotions et de nobles sentiments. Cette musique de l’âme rend infiniment meilleur et plus humain, transformant le dernier des acariâtres en une douce créature.

Otis Redding est mort trop jeune et même sans cela le mythe serait aussi grand. Vivant, il aurait plaisir à nous faire plaisir en se produisant cet été dans les festivals de jazz, il couvrirait de toute sa sagesse créatrice ces successeurs qui prétendent perpétuer son héritage tout en le piétinant. Il continuerait à faire vibrer les femmes et à attiser chez les hommes des braises de désir qui ne demandent qu’à incendier l’amour de leur vie. Mais Otis est mort, il continue néanmoins à chanter avec les tripes et vient toujours chatouiller nos âmes, nos sentiments et nos émotions, tout ce qui, en somme, fait que nous sommes plus que des animaux ou de simples machines.
Jambalaya
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le 29 avr. 2014

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