Ótta, mot qui signifie "peur " en Islande, désigne également, selon le vieux mot islandais, les dernières heures de la nuit, de trois heures à six heures du matin, pour être précis selon les quelques sources vérifiées, là où des pensées fusent dans la tête de ceux qui ne trouvent point l'apaisement pour dormir.
Ótta, album conçu dans une gestation qui fut longue, est aussi le second et donc tout dernier album d'Unun (qui se séparera en 1999 après une ultime tournée) qui a vu le départ de Þór (ou Thór selon l'écriture choisie) Eldon, l'un des cofondateurs du groupe, départ ayant réduit le noyau à Heiða au chant et Dr.Gunni à la guitare et autres instruments dont la basse.
Commençant par un poignant "Orðin Tóm", Ótta nous emmène-t-il donc vers ces heures aux frontières de l'aube où cogitent d'occasionnels insomniaques angoissés ? Nous emmène-t-il dans des ambiances d'ivresse des soirées arrosées reykjavikoises jusqu'à très tard dans la nuit ? C'est ce que laisse penser le slow fatigué ,"Dauði Á Míníbar", qui ferme l'album, bien après que le soleil de minuit ait rebondi sur l'horizon depuis longtemps si l'on est en haute saison.
Du début à la fin, on sent que l'ambiance est plus mélancolique que l'album précédent, Æ, allant entre des douceurs et quelques colères, voire un vif sursaut techno dans "Gærastar". Heiða a toujours une voix toute mimi quand elle chante, pétillante, sensible et fragile à la fois et quelquefois énervée, comme ces quelques coups d'une guitare punk surgissant entre les couplets de "Sumarstúlkublús". Petit bijou qui se révèle avec le temps, "Heimsendir" émeut dès son introduction jouée à la guitare sèche, émeut par ses montées en slow burn où un refrain se finit de façon éruptive.
Ótta demeure tout aussi délicieux à écouter qu'Æ, se différenciant cependant par une touche plus désabusée dans le ton mais tout en restant touchant.