Joachim Kühn - Majid Bekkas - Ramon Lopez – Out Of The Desert – (2009)
Après « Kalimba », « Out Of The Desert » est le second rendez-vous du trio, cette fois-ci la rencontre sera immersive, précisément dans ce désert dont on parle. Ce voyage c’est le cadeau d’anniversaire que Majid a préparé pour son ami pianiste, qui fête ses soixante-quatre ans.
Ce jour-là, le quinze mars deux mille-huit, ils sont allés jouer de la musique au milieu du Sahara, avec les musiciens du désert de la « Source Bleue des Meski », une petite oasis proche de la frontière algérienne. Ils sont ensuite allés enregistrer à l'hôtel Palms, situé pas très loin, à la périphérie de la ville d'Erfoud, elle-même entourée par le désert.
C’est là que naîtra « Seawalk », pièce signée Joachim qui se positionne en cinquième place sur cet album qui en contient six. Joachim développe un thème autour des rythmes répétitifs joués par le guembri de Majid et par Ramon à la batterie, sept minutes entêtantes qui se posent sur une rythmique qui s’accélère en même temps que la piste avance, jusqu’au final…
L’album s’ouvre avec « Foulani » de Majid Bekkas, une sorte de blues des sables qui s’enroule autour du Guembri marocain, hypnotique et envoutant. Le chant de Majid, avec les chœurs du désert à l’arrière, parachève le coloris tout en « bleu » de la pièce qui s’ébroue, se soulève et s’agite sous les doigts de Joachim qui donne naissance à une fantaisie jazzy qui marie cultures et traditions.
C’est au « Studio Espace Bleu » à Rabat que s’établira la base définitive des prises de son, pendant ce mois qui verra la rencontre avec trois musiciens gnawa, Abdelfettah Houssaini au djembé, le tambour à main, Abdessadek Bounhar et Rachid El Fadili au Karkabou ou cymbales à main, avant que ne se joigne Kouassi Bessan Joseph, véritable virtuose du tambour parlant du Bénin, ils forment également les chœurs que l’on entend ici ou là…
« Transmitting » est également une magnifique pièce, basée sur un groove rythmique particulièrement simple, qui incite à une sorte de transe, la mélodie qui se déploie au piano est, elle aussi, relativement simple et répétitive, bien qu’elle connaisse quelques petites variations, elle s’agite ainsi en suivant l’accélération rythmique qui ne manque pas de se faire sentir…
« One, Two, Three » de Joachim Kühn est la pièce la plus décalée et la plus ouverte, Kühn y joue également du sax alto, Bekkas du kalimba et Ramon Lopez des tablas, la pièce se libère des conventions et s’offre au free, c’est également le morceau le plus long, douze minutes trente, offrant des impros, un espace pour les voix et un extraordinaire tapis rythmique se forme qui permet les envols les plus inattendus.
L’équilibre se tient sur cet album également par le nombre des pièces composées par Majid et Joachim, qui en signent chacun trois. Il devrait plaire également à ceux qui recherchent les musiques d’inspiration plus tribales, en quête d’une certaine authenticité, en même temps qu’un alliage entre des musiques peu habituées à frayer.