Alex Cameron a tout d’un futur grand. Australien et hanté comme Nick Cave, suave et lettré comme Bryan Ferry. Caustique, touchant, taquin et charmeur comme Alan Vega en costard de crooner de bar. Non content d'être un personnage unique en son genre, il s'est également appliqué à aligner les réussites en studio. Jumping The Shark, Forced Witness et Miami Memory sont tous hautement recommandables. Les chansons s'ouvrent comme autant de portes grinçantes sur un univers peuplé d’une galerie de personnages aussi louches qu'attachants, auxquels Alex donne corps et voix avec une gouaille et un sens du sarcasme profondément humain.
Or, Oxy Music (joli jeu de mot, au passage) est peut-être son album le moins enthousiasmant à ce jour. Non pas qu’il soit mauvais. Les textes sont toujours aussi crus, tendres et décalés. Alex n’a rien perdu de son panache espiègle et le saxophone de Roy Malloy est toujours là pour froisser les boucles de synthés. Le souci provient plutôt de la production de l’album, dont le son très spartiate et raide (fauché, dirons certains) tranche un peu trop rudement avec l'élégance sophistiquée de ses prédécesseurs. Bien sûr, il est toujours permis de revenir à l'essentiel pour se dépouiller un peu, mais cela implique de penser son écriture en conséquence. Or, l’effet le plus regrettable de cette philosophie des moyens du bord est que toutes les chansons d’Oxy Music n’en sortent pas indemnes, et que même les compositions plus accrocheuses paraissent ramer un peu plus frénétiquement qu’à l’accoutumée pour nous séduire. En leur qualité de singles sexy, K Hole, Sarah Jo et Best Life tentent naturellement de nous caresser dans le sens du poil, mais semblent ne pas avoir été autorisés à se couper les ongles au préalable. L’écriture fait certes passer la pilule, mais sans atteindre le degré de réussite de Candy May, Far From Born Again ou Real Bad Lookin' sur les albums précédents.
On ressort de l'écoute avec quelques incertitudes sur les causes de ce déphasage. Manque d’argent ? Manque de temps ? Volonté d’enregistrer un album qui capterait les imperfections de l’instant ? Si c’est le cas, pourquoi ne pas avoir opté pour une orientation musicale qui en tirerait parti, comme l’avait fait Suede sur Autofiction, par exemple ? Oxy Music est donc un opus en demi-teinte, dont les moments les plus réussis sont au niveau des titres les moins forts de ses prédécesseurs. Un album correct, mais aussi le premier qui ne semble pas essentiel à la discographie par ailleurs impeccable de son auteur, et que l’on le conseillera avant tout aux fans les plus complétistes. Pour les néophytes, dirigez-vous plutôt vers Forced Witness, qui renferme tout le charme d’Alex sans lésiner sur la mise en scène.