Cet album c'est une affaire de rencontres, de rencontres et de souvenirs, mais aussi d'admiration et de complicité. Comme si, dans un dernier souffle, il fallait boucler la boucle avant d' écrire le mot FIN.
Souvenirs de Duke Ellington, le modèle de tous, à partir de la superbe interprétation de "Paris Blues", la ville qui les réunit pour l'enregistrement de cet album, mais aussi souvenir de Johnny Hodges, l'altiste qui jouait dans le grand orchestre du Duke et à qui Steve Lacy dédie sa composition:"Esteem". Souvenirs de Charles Mingus, que tous les deux vénèrent et dont ils jouent trois thèmes, souvenir surtout de ces années 60 où ils se sont longtemps côtoyés, Steve Lacy était bien souvent l'invité de l'arrangeur Gil Evans qui sortait de sa mythique collaboration avec Miles Davis où il a compilé les chef d’œuvres, associant son nom à celui de Miles pour la postérité.
Arrangeur, pour beaucoup Gil Evans ne sera que cela, et il est vrai que c'est déjà beaucoup ! Ici, sur cet album, il devient musicien et joue du piano électrique ou acoustique, avec l'économie d'un Thelonious Monk, la note toujours juste, donnant la réplique et l'assise rythmique aux formidables envolées du saxophone soprano, Steve Lacy ouvre son cœur et joue à fleur de peau tout au long de l'album, livrant une performance tendre et déchirante, dans une veine assez traditionnelle, ce qui n'est pas habituel, chez lui.
Un dernier témoignage enregistré pour Gil Evans qui nous quittera trois mois plus tard...Une dernière rencontre pour faire revivre les souvenirs.