Noah Howard – Patterns – (1971)
Voici un album assez stupéfiant, dont on ne comprend pas tout, ce que l’on entend ici n’est (peut-être) qu’un extrait, ou une pièce tronquée, ou bien manque-t-il le début, ou bien la fin ? Toutes ces questions sans réponses ne sont finalement pas bien graves, car ce qui reste, ce « consistant », est tout simplement énorme !
Voici ce que l’on sait, la pièce est une commande de la « vpro radio », une station hollandaise, l’enregistrement s’est donc déroulé dans cette Europe alors bien accueillante, dans les studios de cette radio, à Hilversum, un jour non précisé d’octobre soixante et onze. La pièce a une durée de trente-six minutes et vingt-six secondes.
L’enregistrement est loin d’être un modèle du genre, la prise de son est très imparfaite et ne satisfera pas les amoureux du bon son, mais pourtant l’essentiel n’est pas là, et toutes ces petites contrariétés s’effacent devant la beauté du titre et de son interprétation. C’est que le jazz il faut le capter au bon moment, et c’est d’évidence le cas ici, malgré les imperfections techniques…
Les forces en présence sont considérables, de par les personnalités en présence. Noah Howard est au sax alto, mais il faudra attendre une dizaine de minutes avant qu’il ne rugisse, il joue des cloches, shakers et fait entendre sa voix, ce cri qui s’entend, plutôt vers les débuts. Han Bennink joue de la batterie, des percus et du cor tibétain, Misha Mengelberg est au piano, Earl Freeman à la contrebasse, et enfin Jaap Schoonhoven, un peu là par hasard, joue de la guitare, apportant une note psychédélique au début de la pièce, et c’est probablement lui que l’on voit sur la pochette.
Très vite une tension assez forte s’installe, très durablement pendant l’intégralité de la pièce qui ne connaît que quelques moments de relâchements. Quand le sax alto de Noah Howard lance ses feux, la musique, déjà transpercée par le piano assassin de Misha Mengelberg, se met à rugir et à vociférer, faisant trembler les capteurs de la prise de son, c’est alors qu’une sorte d’emprise s’installe…
Les percus percutent de tous côtés, et Han Bennink (le fou ?) balance dans toutes les directions, alimentant la combustion jusqu’au moment où Noah lâche prise, pour faire une place à Misha Mengelberg, qui dialogue avec Earl Freeman, et que s’entend au loin le son grave du cor tibétain… Nous sommes alors aux environs des deux-tiers de la pièce et les percus et autres clochettes se font entendre, on croirait voir surgir Ayler ressuscité, mais c’est juste Noah qui envoie…
Après cette phase calme tout repart, relancé par les accords du piano vrombissants, les émissions diverses des uns et des autres, on sent que ça pourrait repartir à tous moments, puis ça décolle et s’envole vraiment après un farouche emballement polyrythmique de Han Bennink, qui donne le signal d’un départ sans espoir de retour…
La cacophonie free redémarre avec une force considérable, une nouvelle montée se profile, et on y croit, avant qu’elle ne s’essouffle à nouveau, faux départ…
Et puis tout se relance à nouveau vers une apogée que l’on attend, inévitable et annoncée, hélas la pièce s’achève et nous laisse-là, pantelants, presque frustrés, abattus, mais conscients tout de même du moment d’exception qui vient de s’écouler…