C'est en 1971 que le génial Peter Green se perd dans une spirale mystique et quitte Fleetwood Mac, le groupe qu'il a formé quatre années plus tôt, après lui avoir insufflé sa patte unique pour en faire l'un des étendards du British Blues Boom.
Entre ce départ et le renouveau pop de la seconde partie des années 1970, le groupe est fragile et, autour des deux autres co-créateurs, le bassiste John McVie et le batteur Mick Fleetwood (rencontrés, avec Peter Green, au sein des Bluesbreaker de John Mayall), il y a de fréquents changements. L'une des seules constantes sera l'arrivée en 1970 de la claviériste et chanteuse Christine McVie, épouse du bassiste. Pour enregistrer Penguin, en 1973, il y aura, en plus, Bob Welch à la guitare et au chant, Bob Weston, pour la guitare, le banjo et l'harmonica ainsi que Dave Walker un peu au chant et à l'harmonica (il était habitué à changer de formation, il sera même un court temps avec Black Sabbath).
Penguin est donc le septième album du groupe et le quatrième sans Peter Green. Malgré toutes ces turbulences (on peut rajouter la drogue, le talentueux Jeremy Spencer qui s'en ira dans la secte Les Enfants De Dieu …), le groupe va vite, enregistre et tourne beaucoup.
Et pourtant, ça n'empêche pas Fleetwood Mac de sortir de bons albums, Penguin étant de ceux-là. Il marque et surprend, d'abord par son côté éclectique, il va dans plusieurs directions musicales et alterne les ambiances, ce qui est surement dû au fait d'avoir plusieurs compositeurs différents.
My home is yours and I want you to know
Ils lancent les hostilités avec l'entrainante et romantique Remember Me, marquant l'apport de Christine McVie au groupe, et il en est de même avec Dissatisfied, chanson rigolote évoquant une femme séduisant son mari déprimé, et Did You Ever Love Me, trois chansons bien identifiables et reconnaissables. Des titres marqués par des claviers bien présents, une légèreté ainsi qu'une certaine douceur. On ressent aussi particulièrement sa contribution dans l'étrange et hargneux Revelation, clôturant l'album, ainsi que l'ambitieux Night Watch, contenant plusieurs ambiances et marquant une apparition de Peter Green.
Ce pingouin, animal fétiche de John McVie et emblème du groupe, cache aussi quelques petites chansons marquantes comme la pépite (I'm A) Road Runner. Reprise de Jr Walker & The All-Stars, elle est marquante par son fantastique harmonica et cette principale contribution de Walker au groupe est géniale. Entrainante, elle est aussi symbole de musiciens jouant ensemble et en osmose, malgré ce que vivait le groupe à cette époque. Il apporte aussi sa propre ballade The Derelict, avec encore un harmonica omniprésent, mais cette fois-ci des allures plus country et folk, ainsi qu'un banjo. Enfin, les planantes Caught In The Rain et Bright Fire complètent l'album, symbolisant, à nouveau, ses multiples influences.
Dave Walker partira vite du groupe et Fleetwood Mac continuera encore deux ans comme cela avant de vivre un nouveau départ avec les arrivées de Lindsey Buckingham et Stevie Nicks. En attendant, il ressort de cette période de turbulences des albums qui méritent d'être (re)découverts, à l'image de Penguin, éclectique et multipliant les influences, tout en parvenant à garder une certaine osmose entre les musiciens, et dont l'influence de Christine McVie, de plus en plus forte, apporte une nouvelle touche plus douce au groupe.
Face A :
Remember Me
Bright Fire
Dissatisfied
(I'm A) Road Runner
Face B :
The Derelict
Revelation
Did You Ever Love Me
Night Watch
Caught In The Rain