The Charlie Mingus Jazz Workshop – Pithecanthropus Erectus – 1956


Souvent les gens se posent la question : « Alors, Charles Mingus, il est free ou pas ? » Un peu comme s’il stationnait en zone intermédiaire, dans un entre-deux de bon aloi. La réponse à cette question pourrait se tenir dans cet album, au regard de son année de parution, et du mois également, janvier cinquante-six !


Nous sommes deux années avant qu’Ornette ne sorte son premier album, « Something Else ! The Music Of Ornette Coleman », Sun Ra n’a pas enregistré « Jazz By Sun Ra Vol. 1 », ni « Super-Sonic Jazz » et joue encore des Doo-wop ! Coltrane repousse les limites du hard bop et Mingus sort cet ovni assez incroyable !


Il a appelé son groupe un « Workshop », une sorte d’atelier du jazz où, pourtant en quintet, ils sonnent comme s’ils étaient trois fois plus nombreux, l’impression est de se tenir face à un big band tant l’énergie est puissante, dès le titre d’ouverture, l’extraordinaire « Pithecantrhropus Erectus » l’auditeur est subjugué, difficile d’imaginer aujourd’hui l’impact d’un tel album lors de sa sortie, qui éclata au monde tel une déflagration !


Pour atteindre un tel effet Charles a eu la main lourde, Jackie McLean au sax alto, J.R. Monterose au saxophone ténor, Mal Waldron au piano et Willie Jones à la batterie, lui-même à la contrebasse, à son habitude, Il signe également trois des quatre titres.


« Pithecanthropus Erectus » est une suite en quatre parties qui ouvre l’album », on y retrouve l’amour de la tradition bop que porte Mingus, en même temps que des audaces folles dans le monde du « free ». La pièce est à la fois très évocatrice, narrant une plongée de l’homme accompli vers l’esclavage et sa propre destruction, en même temps que d’une puissance descriptive rare, ainsi nous sommes à la merci des forces destructrices qui nous broient, propices à des désordres free extraordinaires ! Chef d’œuvre.


La seconde pièce est la reprise du standard « A Foggy Day » des Gershwin, une description d’une balade à San Francisco où s’entendent divers bruits, klaxons, sifflets, sirènes et même pièces de monnaie, tous ces effets sonores et d’autres sont joués par les différents interprètes, ouvrant les portes de l’imagination visuelle, car c’est véritablement un paysage sonore qui défile devant nous.


« Profile of Jackie » qui ouvre la face B est une courte ballade de trois minutes, dédiée à McLean. La dernière pièce « Love Chant » frôle de quelques secondes le quart d’heure, ce qui est un peu inhabituel en ces temps anciens. Ce « Chant d’amour » très ouvert est propice aux solos des uns et des autres qui offrent le « sel » de la pièce, structurée autour du piano de Mal Waldron qui est central ici. La pièce connaîtra une longue vie lors des concerts pour les opportunités qu’elle offre aux uns et aux autres lors des solos.


Un album de Mingus tout à fait décisif et indispensable, mais il y en aura d’autres !

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le 24 juil. 2025

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