Je ne vais pas revenir sur l’histoire mouvementée de ce sympathique groupe canadien dont la longévité relève du miracle et du sacerdoce. Lips et son compagnon de toujours, le batteur Robb Reiner ont traversé tant de galères, qu’il est impossible de ne pas écouter un nouvel album sans un pincement au cœur et une certaine nostalgie, notamment lorsqu’on a vu le poignant documentaire The Story of Anvil (2008) et que l’on connaît le groupe depuis plus de trente-cinq ans comme moi. Anvil joue du metal avec une telle sincérité que cela en devient communicatif, même s’il est rare que leurs chansons flirtent avec l’excellence, exception faite de leur chef d’œuvre Forged In Fire (1983). Certes, Anvil n’a jamais publié un seul mauvais disque, mais n’a jamais confirmé non plus qu’il était capable de passer dans la catégorie des leaders du genre. Pounding The Pavement n’échappe pas à la règle. Tout en montrant d’indéniables qualités qui le classent parmi les meilleures réussites du groupe, il contient quelques maladresses et lourdeurs.
Débutant avec Bitch in The Box, un titre lourd, au rythme mid tempo et au refrain plutôt simpliste à classer entre certains titres des premiers Accept et ceux de Motörhead, ce nouvel album démarre étrangement. Les arrangements sauvent d’ailleurs cette chanson du naufrage pour finalement entrer dans la tête. Pour ceux qui connaissent Anvil, ce n’est pas une surprise puisque le groupe affectionne ce genre de rythmes. On retrouve un tempo similaire et un refrain aussi simple sur Smash Your Face, qui est peut-être plus réussi et renvoie au son et aux ambiances de 1983. Certains pourront trouver de l’intérêt au pesant Nonook On The North avec son refrain aux voix qui se répondent, mais ce n’est pas le meilleur titre de l’album.
Après, sans doute les trois morceaux les moins bons de l’ensemble, d’autres chansons élèvent le niveau. Car le trio nous montre qu’il est capable de lâcher les chevaux, notamment avec le très bon Ego, au riff endiablé, qui ne nous laisse aucun répit et marque immédiatement les esprits. Tout aussi jouissifs sont Rock That Shit qui marche sur les terres de Volbeat et Warming Up qui n’est pas sans rappeler Peer Günt. Et là, on applaudit, car Anvil parvient à se renouveler en nous offrant deux rocks déjantés, avec un superbe travail du batteur et un groove communicatif. Plus classique est Black Smoke qui mêle références à Motörhead et au « Rapid Fire » de Judas Priest, mais avec un tel enthousiasme, qu’il ne peut laisser de glace. Ces quatre titres méritent réellement le détour.
Dans des registres différents, soulignons aussi l’entêtant Doing What I Want qui donne envie de taper du pied avec son riff tourbillonnant ou l’étrange World Of Tomorrow qui louvoie entre Black Sabbath et le stoner psychédélique. Meilleur encore est l’instrumental Pounding The Pavement, avec ses envolées de guitares, ses changements de rythmes et son solo qui nous entraîne vers de nouveaux horizons.
Au final, Anvil nous ouvre à nouveau les portes de son monde avec un certain brio et confirme qu’il est toujours un bon groupe, certainement culte, et que j’adore, mais qui ne nous livre pas un disque plein.