Prick est le premier album du musicien Kevin McMahon, officiant depuis 1974 dans son groupe Lucky Pierre, qui sortit une poignée de singles au cours des années, et finalement un EP en 1988, année durant laquelle un certain Trent Reznor fait partie du groupe. Puis, silence radio jusqu'en 1995, année où Kevin peut finalement sortir un objet digne de son talent, aidé par Reznor et son label, qui co-produit quatre des titres de cet album (dont trois sont déjà présents sur l'EP Communiqué, dans des versions bien plus sages).
McMahon s'éloigne en effet du pop rock de ses débuts pour sortir un album dans l'air du temps, un rock industriel d'une violence et d'une énergie débordantes. Seulement, là où les grands noms du genres dépeignent des atmosphères sombres et poisseuses, l'américain conserve son côté glam, ses ballades émouvantes, son approche pop, sa fantaisie et son exubérance. Prick est ainsi un album de rock indus bien particulier, ne serait-ce qu'à travers le chant clair parfois très pop.
Les morceaux sont tous excellents et pour la plupart absolument fantastiques (j'ai toujours trouvé que "Other People" et "I Got It Bad" étaient un peu en-dessous du reste, mais ils restent donc excellents). La variété est au rendez-vous : l'album démarre sur un "Communiqué" très énergique, presque un hymne. La violence atteint son paroxysme sur le coup de poing qu'est "Tough", mais même les titres les plus pop peuvent se montrer abrasifs et surexcités. "Riverhead" est plus posé et construit, débouchant sur un torrent de guitares jouissives - le plus heavy "Crack" joue dans la même cour, en plus sombre; "Animal", le tube qui a permit au groupe de connaître un modeste succès, via notamment la diffusion d'un clip sur MTV, comporte quelques détails légèrement kitsch mais sait envoyer la sauce. "I Apologise" est une chanson de power pop émouvante débordante d'énergie et de fraîcheur californienne (aucun rapport mais c'est comme ça que je le ressens). Enfin, l'émotion brute qui serre le cœur se trouve sur les sublimes "No Fair Fights" (qui compte sa part de violence) et "Makebelieve", final déchirant de l'album.
Prick ne dure que 43 minutes et c'est forcément son défaut majeur, on aimerait tellement en avoir plus. Mais cela participe également à sa quasi-perfection, puisqu'il n'y en a strictement rien à jeter. Une pure merveille bien trop méconnue, un véritable chef-d’œuvre sorti de nulle part et qui, malgré les autres productions de qualité de McMahon, ne connaitra probablement jamais de suite.