Yom & Baptiste-Florian Marle-Ouvrard – Prière – (2018)
Bien que l’apparence soit trompeuse, ils ne sont que deux, le premier est Yom, que l’on connaît déjà par ici, et le second Baptiste-Florian Marle-Ouvrard, avec son nom à couper en quatre, qui est titulaire des grandes orgues de l’Église Saint-Eustache à Paris et de Saint-Vincent à Clichy-la-Garenne. Il est également concertiste international.
« Prière » est une seule pièce de cinquante minutes, destinée à être jouée en une seule fois. Le Cd est fragmenté uniquement pour des raisons pratiques, cependant des titres ont été donnés aux dix parties qui constituent la suite. L’enregistrement s’est effectué avec les grandes orgues de la Philarmonie de Paris en octobre dix-sept, dans « La Grande Salle Pierre Boulez » qui bénéficie d’une acoustique d’exception, avant que ne soit donné un concert au festival « Jazz Sous Les Pommiers » à Coutances, dans la cathédrale Notre-Dame, bien sûr.
Nous connaissons l’influence première de la musique klezmer pour ce qui concerne Yom et sa clarinette, il nous subjugue dès la superbe « Incantation n°1 » qui ouvre l’album, et déjà on ressent la puissance de la musique sacrée qui est jouée, pourtant l’orgue, déjà monstrueux, ne fait que tisser sa toile avec tranquillité, tapissant un fond sonore.
Mais il arrive que l’orgue gronde et explose majestueusement, à côté de lui tout semble petit et c’est merveille que d’avoir su rendre à ce bel instrument toute sa puissance et sa majesté, même par l’intermédiaire d’un simple Cd. « Doute », et « Fatalité » qui prolonge, sont à cet égard très révélateurs et emportent avec facilité, nous voilà soulevés par une force terrible que vient taquiner la clarinette minuscule de Yom.
Mais la musique est ici prière et se veut par-dessus tout humaine, alors pourquoi pas la joie et la danse avec « Eyli ata » qui tourne comme un rondo qu’aurait pu imaginer « Marin Marais ». Il nous arrive d’évoquer la « spiritual music » et bien nous y voici, entièrement revendiquée, qui élève cette forme d’art au niveau le plus haut, celui du « sacré », de l’immatériel en même temps que spirituel et de l’universel, par-dessus les religions, musique klezmer orientale et musique sacrée européenne fusionnent et réconcilient.
On se souviendra que cette démarche spirituelle n’est pas nouvelle chez Yom qui en a jeté les bases lors de son album de deux mille-quatorze « Le Silence De L'Exode », on pourrait voir ici une sorte de prolongation, comme un aboutissement, bien que ce chemin n’ait pas de fin et se perpétue outre-mondes, en « Apothéose ».