Depuis 1995 et leur premier opus, Adrenaline, les Deftones se sont imposés sur la scène néo métal, à l'époque saturée par de nombreuses formations (Korn, Linkin Park, Limp Bizkit, Adema et bien d'autres). J'ai souvent considéré que le neo metal avait un arrière goût de musique metal pour adolescents (avec des vocaux gnan gnan) qui pouvait mal vieillir (surtout quand l'inspiration commence à s'essouffler...) mais cette impression ne m'a jamais effleuré pour la bande de Chino Moreno.
Trente ans plus tard, Private music sort dans les bacs et sur la toile et comme souvent, la qualité est au rendez vous.
L'album compte 11 morceaux dont transpirent l'urgence, la sophistication et la rugosité.
Private music s'illustre toujours par le chant emo éthéré de Chino Moreno, lorgnant vers le Shoegaze, les riffs inspirés et la violence, parfois brute, de sa musique.
Les Deftones continuent dans Private music à dérouler leur savoir faire, on se demande pourquoi ils devraient se réinventer....(Merci de ne pas suivre l'exemple de Linkin Park qui s'était sabordé dès le troisième album....).
L'album commence très fort avec My mind is a mountain durant laquelle on entend le chant de Chino trancher avec les riffs aériens de Stephen Carpenter et des choeurs inspirés. Private Music enchaîne Locked club puis Ecdysis et sa monstrueuse ligne de basse. La puissance de cXz tranche avec le rythme plus mid tempo de Infinite Source et Souvenir, un morceau qui se termine de façon cérémoniale et instrumentale.
I think about you all the time est La balade mélancolique de l'album où le chant aérien de Moreno fait merveille.
"You've been the same
All of our days
And we'll never change
As we sink
Inside of your warship
Lay next to me
Our theme plays, and we're out of our minds, singing
All of my life
We'll never change
All of our days
Show me the way ..."
Structurellement intéressante, Milk of the Madonna, consacrée au chaos émotionnel, "syncrétise" la frustration à la sensibilité exacerbée. Ce titre constitue l'apogée de Private music: ses riffs puissants, ses variations et sa mélodie sont diablement efficaces...
"Bloody rain floods these streets, came falling to the earth
Run away, a thunder hangs above me like an eye,
Holy ghost, I’m on fire
Holy spirit, I’m on fire
A display, tongues of fire against the night
The display ignites your mind
Feel the waves crash against the concrete from below
A new wine intoxicates you slowly out of time
Holy ghost, I’m on fire
Holy spirit, I’m on fire..."
Cut Hand flirte avec les rythmes syncopés du rap metal tandis que Metal dream revient aux fondamentaux des balades énergisantes du groupe. Dernier morceau de l'album, Departing the body est la dernière envolée de l'opus mais aussi le deuxième titre le plus long et l'un des plus apaisés.
Tel un funambule, Chino Moreno donne tout au long de l'album l'impression de cheminer vocalement sur un fil, entre la colère et l'émotion, avec un arrière plan musical parfaitement calqué sur cette ambiguité qui caractérise tellement bien la musique des Deftones.
L'ensemble des titres constitue un résumé du travail musical accompli par la formation lors des 9 précédents opus. La formation n'a pas son pareil pour transmettre énergie, frustration, fragilité et colère, surtout à un public réceptif à ce mélange détonant. Avec ce dernier album, le groupe démontre qu'il peut continuer à "dérouler" les albums entre rage et mélancolie pour son public inter générationnel, un cocktail particulier et fragile dont il est l'un des seuls à connaitre la recette, il n'a plus besoin de surprendre....
My mind is a mountain video
Locked club video
Ecdysis video
Milk of the Madonna
Album audio
Ma note: 8/10