Lorsque que l’on parle de Spiritual Music, et en oubliant l’aspect mercantile que la formule implique, on a tendance à oublier qu’Albert Ayler, tout autant que Coltrane, est le père du genre. Alors, si vous êtes en quête d’authenticité et que votre route discographique, balisée par les guides de tous poils, ne vous a pas encore confronté à la musique d’Albert Ayler, faites une pause, car c’est par ici que ça a commencé…


Pour bien comprendre tout l’intérêt de cet album il faut prendre un peu son temps et mettre un peu d’ordre dans la chronologie. L’année 1964 est cruciale dans la discographie d’Albert Ayler, artistiquement il est à son apogée, son art est brut et nu. Brut et nu, alors ça grince et ça saigne, un peu.


Spiritual music ? Oui, qui dit mieux : l’album « Spirits » sort le 24 février 1964 avec ses « bondieuseries » Spirits, Witches And Devils, Holy, Holy et Saints pour finir.


Le 14 Juin 1964 Albert Ayler se produit au Cellar Café de New York en trio, accompagné par Sonny Murray à la batterie et Gary Peacock à la basse. Beaucoup pensent que ce trio représente le sommet artistique de la musique d’Albert Ayler, ça remue les tripes et ça fend le cœur. Oui, ça secoue et ça fait chialer, un peu.


Les bandes du concert sont publiées en 1975 sur ESP, l’album s’appelle Prophecy. Ceux qui aiment Ayler l’achètent, un grand plongeon dans la Spiritual music, enfin, celle qui saigne et qui fait pleurer.


Il est chagrin Sunny Murray, déçu par le parti pris du label ESP de mixer en mettant en avant non pas le trio, mais Albert seul. Il dit juste et vrai. Il publie en 1996 un double Cd sous le titre « Albert Smiles with Sunny » chez « InRespect », un label allemand, le même concert mieux mixé et un second avec des inédits. Il faut dire qu’il détient une copie des bandes non mixées.


Un saut en 2020, ce sont ces mêmes bandes, avec la bénédiction des ayants droit, qui sont publiées ici, remastérisées, elles éclatent de mille feux. Il faut entendre la brillance du trio, Gary Peacock, pénétré par la musique, qui chante en même temps que sa basse, la clarté dans le jeu de Sonny avec une subtilité et une grâce qui apparaît soudain, le saxo d’Ayler à l’unisson soulevé par la section rythmique, le trio est magique, pour ceux qui comme moi ne disposaient que des enregistrements ESP d’origine c’est une redécouverte, un peu comme si, par une soudaine contraction de temps, l’album paraissait aujourd’hui pour la première fois, sans parler des inédits, jouissif.


Mais revenons à notre année 1964, le 10 juillet, un mois après les fameux concerts. L’album sort, il s’appelle « Spiritual Unity », les titres rôdés pendant les concerts sont là, « Ghost », « The Wizard » et « Spirits » également. Un album fou et mystique, un déchirement et une blessure, un sommet dont on ne descend qu’à ses dépens. Mon album préféré d’Albert, pour cette unité spirituelle qui est à l’œuvre et qui s’entend, et pas qu’un peu…

xeres
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le 23 avr. 2026

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