Irreversible Entanglements – Protect Your Light - (2023)
Le retour du groupe Chicagoan, cette fois-ci sur Impulse, après un long passage en compagnie d’International Anthem. C’est l’histoire qui remonte un peu car ils enregistrent aux Studios Van Gelder d’Englewood Cliffs, de quoi rentrer dans la petite histoire et mesurer le chemin parcouru.
On retrouve Camae Ayewa aka « Moor Mother » aux synthés mais surtout à la diction, car cet album déroule un long récit. Il y a également Tcheser Holmes à la batterie, Aquiles Navarro à la trompette et au synthé, Keir Neiringer au sax alto et au synthé et enfin Luke Stewart aux basses, il faut également signaler qu’ils sont tous percussionnistes et ajoutent conjointement à la puissance et à la diversité rythmique.
C’est aussi free qu’à l’habitude, l’impression générale est très immersive, comme une plongée longue et continue dans une sorte de long tunnel dont on ne sort qu’à la fin du processus : quand les huit titres se sont écoulés. On retrouve toujours la colère, l’aspiration aux libertés, les luttes contre l’injustice et toutes ces choses avec des bons sentiments et surtout de bonnes intentions.
En ce sens c’est un album de son temps, de l’histoire que nous vivons avec ses inquiétudes, ses doutes et ses croyances. Curieusement il y a une sorte d’optimisme que l’on ressent, et même, parfois, une impression de fête. Mais c’est fort, le groupe est bien emmené et se montre solidaire et complémentaire, tous sont au diapason et fusionne une excellente musique qui vous happe et vous transporte.
On remarque l’hommage à Jaimie Branch, « Root<=>Branch », « Free love » qui ouvre l’album, « Soundness », « Celestial Pathways » et « Degrees of Freedom », autant d’étapes remarquables, mais ce qui compte ici, c’est l’impact de l’album en entier, la créativité collective et la démarche free qui semble s’apparenter pas mal à l’Art Ensemble de Chicago qui n’a pas fini d’influencer en profondeur la musique noire d’avant-garde.
Même sans entrer avec finesse dans la compréhension du narratif, la partie musicale, avec les polyrythmies, les impros de musiciens absolument convaincants, que ce soit Aquiles Navarro ou Keir Neuringer pour faire vite, la diction de Moor Mother, autant de points forts qui suffisent à créer une véritable énergie unique et diverse qui font de « Protect Your Light » un événement musical important de l’année, bien que la pochette… hum !