C'est étrange, mais jusqu'à présent, j'avais un préjugé sur ce groupe. J'sais pas, la pochette avec deux gonzes sur un canap', sweat shirt Lacoste.
Faut dire, puisque j'en parle, que la pochette est on ne peut plus naze. D'autant plus que le contenu de cet album vaut bien mieux que cette photo cheap.
J'étais au bahut quand le skeud est sorti et je voyais ce groupe de frangins comme des produits commerciaux, aux côtés de types comme Stomy Bugsy, Passi, Doc Gynéco et consorts.
Ils viennent d'ailleurs de la même clique ; le Secteur Ä. Donc j'ai assimilé la meute et je les ai mis sur la touche. À tort.
L'espoir fait vivre mais ceux qui vivent d'espoir meurent de faim
("Jour de tonnerre")
J'ai écouté l'album trois fois. La première pour les paroles, la deuxième pour la production et la dernière pour les deux cumulés. En est sorti plusieurs constats...mitigés.
D'abord ce qui me saute aux oreilles ce sont les beats. Certains diront qu'il s'est contenté de foutre des violons, des drum machines, caisse claire et hop dans la boîte. Mais c'est bien plus complexe que ça.
La production ici est à la fois simple et envoûtante sur la plupart des titres. Beaucoup de ritournelles en spirale qui vous plongent encore mieux dans les lyrics. L'association est très bonne (de manière globale). Djimi Finger est aux manettes et délivre des beats boom bapiens qui tapent dans le mille. C'est La grosse satisfaction.
Concernant les paroles, on sent que les types ont bossé leurs textes, mais trop d'inconstance toutefois. Et là où le bât blesse ce sont les 70 minutes de l'album. C'est trop, trop long. Je pense qu'ils y auraient largement gagné en en ôtant une grosse vingtaine. Que ce soit dans le hip-hop ou ailleurs, passées 50 minutes, l'auditeur se lasse. Et oserais-je dire, surtout dans le rap. A de très rares exceptions près, tous les grands albums de la discipline n'excèdent pas les 45 minutes. C'est largement suffisant pour étaler sur bobine ce qu'on a à dire. Bref, passons.
Des punchlines ? oui il y a en a beaucoup, là encore, peut-être trop, et surtout mal conduites, maladroites, souvent bancales. Évidemment elles desservent les propos qu'elles sont censées appuyer ou défendre. Dommage que cet effet inversé, alors que le but était justement de corroborer les idées des textes.
Sans leur jeter la pierre, les frères M'Bani manquent d'assise verbale. Certes, ils délivrent un bon rap, un flow juste, quelques attaques bien placées mais tout ceci manque de cohésion sur la longueur. Et c'est bien dommage. Bien dommage car il y a sincèrement de très bonnes choses dans ce flacon d'arsenic ("Jour de tonnerre", "Chrysanthèmes", "Une saison blanche et sèche"). Et en parallèle, des morceaux sinon inutiles, du moins calibrés Radio FM ("Par où t'es rentré, je t'ai pas vu sortir", "Affaires de famille", "Un monde parfait") dans lesquels les featuring sont mauvais. Assia, Neg Marrons et Janik, qu'est-ce que c'est mauvais ! Quand tu veux te la jouer hardcore mec, tu prends pas ces trois-là. Sans déconner quoi. De la guimauve.
Bien qu'il y ait de bons morceaux, c'est la frustration qui prédomine.
Le mi-figue mi-raisin n'a jamais accouché de bons albums.
Dommage.
Highlights : Jour de tonnerre, Chrysanthèmes, Une saison blanche et sèche