Muriel Grossmann – Quiet Earth – (2020)
L’attrait pour la musique de Muriel Grossmann que nous ressentons provient pour une large partie de son placement évident dans une lignée très coltranienne, dès les premières notes couchées sur la cire il n’y a pas l’ombre d’un doute. C’est un choix artistique qu’il ne faut pas blâmer, certes il ne fait pas avancer la musique et n’aide pas au développement de sa propre personnalité musicale, mais c’est tout de même très bien fait, et ça penche plutôt côté héritage que pastiche.
Ainsi, en conséquence, on peut parler de spiritual music très souvent, comme sur le titre « Wien » qui ouvre l’album, une reprise de son album de deux mille treize « Awakening », par ailleurs la face B commence elle aussi avec une autre reprise de cet album, « Peaceful River », les deux autres titres présents ici sont des originaux.
Le second titre « African Call », poursuit cette même trame, ici il n’y a pas de piano et McCoy est « remplacé » par l’excellent guitariste Radomir Milojkovic qui participe beaucoup à la réussite des albums de Muriel, il apporte cette différence et cette nouvelle coloration qui assoit la crédibilité du projet global. Gina Schwarz est à la basse et Uros Stamenkovic à la batterie.
La nouveauté de cet album c’est l’arrivée d’un organiste, Llorenç Barceló, qui apporte pas mal au son nouveau de cet album, comme sur ce second titre par exemple qui vire un peu « soul jazz » lorsqu'il prend la main. De son côté, Muriel Grossmann, outre les compositions, prend en charge différents saxophones, soprano, alto et ténor dont elle joue avec alternance, bien que le ténor soit son préféré.
« Peaceful River », la seconde reprise donc, ne varie pas dans son influence première, s’inscrivant dans les tourments du monument coltranien « A love Supreme » qu’elle décortique une nouvelle fois, sans jamais le dépasser, juste en prendre la couleur, la tournure et la sonorité, cette habileté à copier la quête coltranienne est du meilleur effet, bien entendu, ça marche forcément.
Je ne suis pas trop sûr qu’il y ait une réelle profondeur dans cette musique, probablement une réelle habileté par contre. Le texte accompagnant est vraiment très « baba cool » avec des vœux pieux et un peu de naïveté, un peu à l’image du reste, mais ça n’entache en rien l’efficacité de la musique qu’elle nous propose, elle n’est d’ailleurs pas la seule à rester stationnée au neuf décembre soixante-quatre, c’est devenu quasiment un genre. On peut penser par exemple à « Scatter The Atoms That Remain’s » également au top dans cette veine, particulièrement pour l'album avec Pharoah.
La dernière pièce ici « Quiet Earth », du nom de l’album est également une belle réussite, avec un solo de guitare assez incendiaire, il y a toujours ces réminiscences qui hantent l’album, mais c’est comme ça, c’est ce qui fait qu’on aime, alors…