Naked City – Radio – (1993)
Avec « Radio » on avance encore un peu dans le temps, mais Zorn est un tel travailleur qu’il produit sans cesse, frénétiquement, une idée chasse l’autre et les projets s’enchaînent avec une rapidité folle, difficile de suivre le surdoué dans ses projets qui s’accumulent. L’album a été conçu quelques mois avant l’ultime « Absinthe ».
Radio reprend la structure déjà rôdée de « Torture Garden » et « Naked City », et même celle de « Heretic: Jeux Des Dames Cruelles » avec les mêmes contours, mais un contenu davantage improvisé. Ainsi s’enquillent à nouveau des pièces plutôt courtes mais déjà bien définies, pour partie écrites où schématisée.
Ainsi une efficacité se dégage, avec une organisation interne dans les compos qui assure un impact décisif et marquant, tel que l’album sera bien reçu. Le free est maîtrisé et l’écriture est précise, chaque effet est pensé. On remarque l’importance de Wayne Horvitz et de ses claviers, très en avant sur cet album.
Yamatsuka Eye arrive dans la seconde partie de l’album et ajoute sa partie vocale, parfois très déstabilisante et outrée, juste ce que l’on aime, comme sur « The Vault » qu’il ponctue de son cri, magnifiquement…
Son arrivée marque également une sorte de tournant vers une musique maléfique et complètement torturée, lourde et chargée qui dévaste l’intérieur sans coup férir, après un retour jazz, voici une offensive métalleuse !
Un tel bilan n’est évidemment possible qu’avec des musiciens d’une trempe exceptionnelle, Zorn a toujours su les choisir avec une grande efficacité, sélectionnant dans son entourage la fine fleur des musiciens de la « downtown » ou d’ailleurs.
Je n’ai guère fait plus que citer les noms, mais chacun est une institution, faire partie d’un ensemble important de Zorn vaut tous les certificats de virtuosité et d’efficacité, même s’ils semblent à contre-emploi, comme ici. Particulièrement le doux Frisell, délicat et sensible, qui a dû s’en payer une bonne tranche avec cette formation !
Cliché de Man Ray sur la pochette.