La première écoute de Random Access Memories avait déçu le fan que je suis. Je jugeait l’album trop pop, trop lisse presque trop accessible. On était loin de l’âpreté de Rollin’ & Scratchin'. C’est presque cinq ans après sa sortie, que cet album a pris sens pour moi. RAM, c’est un miroir que les Daft Punk promène le long de leur passé, c’est la fin d’une ère définitivement enterrée, l’âge d’or de la house des années 1980 et de la techno parisienne des années 1990 qui a vu émerger Thomas et Guy-Man. Ce n’est d’ailleurs pas anodin si l’album commence par « Give life back to music », comme si les Daft Punk revenait sur le devant de la scène chargé d’une mission. Cependant si l’on s’attend à revivre Alive 2007, la seconde piste nous rattrape au vol. « The game of love » illustre, au même titre que « Within », la mélancolie de l’album. La voie robotique semble meurtrie, empruntée, à rêver d’une autre époque, d’une autre musique. D’autres pistes à l’image de « Giorgio by Moroder » relève d’avantage de l’hommage que de la retrospective, mais demeurent orientées vers le passé.
Cependant, Random Access Memories est loin d’être un album monolithique, il ouvre également une porte vers l’avenir. Avec « Get Lucky » et « Lose Yourself to Dance », les Daft Punk réalisent une musique plus aseptisée que jamais. Ils s’expérimentent à la pop, avec beaucoup de succès. Cependant bien qu’aucun de ces morceaux ne soient désagréable à entendre, je ne peux m’empêcher de voir la une forme de résignation. C’est à mon sens une manière d’accepter le temps qui passe, et de voir la musique évoluer avec.
La où les Daft Punk m’ont appris à lâcher prise, ils livrent ici une musique plus cérébrale, qui mérite d’être écouté avec du recul. Et c’est ce qui fait la beauté de cet album, les Daft Punk acceptent le temps qui passe, et nous permettent de regarder avec mélancolie, mais également une pointe de satisfaction une période ou ils ont tutoyés les sommets. Random Access Memories, c’est le chant du cygne.