John Zorn – Rituals – (2005)
Bien sûr cet album-ci n’est pas du jazz, mais de la musique contemporaine. On sait que Zorn navigue sans œillères, sans apriori, certes pas « au doigt mouillé », ce serait sans doute excessif, mais obéissant à ses passions et peut-être même à ses démons, à ses foucades possiblement, mais il ne se refrène pas, laissant parler les voix intérieures qui dictent sa conduite…
A ce jeu on le pense jazz, ou free-jazz, voire rock, et même hard, sans rien qui ne le limite, le voici donc, cette fois-ci, à la tête d’un mini-opéra d’environ vingt-six minutes ! Ce monodrame d’avant-garde a été composé pour le Festival de Bayreuth en mille neuf cent quatre-vingt-dix-huit et mis à la disposition du public sept années plus tard.
C’est une pièce pour voix, celle d’Heather Gardner qui est mezzo-soprano, elle contient cinq mouvements et n’est pas véritablement écrite, par exemple il n’y a pas de livret, mais de simples indications scéniques dont on peut aisément se passer. Zorn déclara : « La mezzo-soprano reçoit des notes et diverses articulations et dynamiques à exprimer, sans aucune indication sur le son de voyelle qu'elle doit utiliser. »
Aussi le terme « opéra » est-il sans doute excessif, en effet la pièce peut tout à fait être jouée sans véritable mise en scène, lors d’un concert. Ce qu’il regretta : « Malheureusement, ce que j’ai réalisé, c’est qu’un paradigme de ce type de créativité et d’ouverture n’est pas si propice au monde de l’opéra. »
On pourrait parler ici de minimalisme, c’est Brad Lubman qui dirige le petit orchestre composé de la crème des musiciens new-yorkais, qui sont au nombre de douze, sans le chef. Mais il est également intéressant de s’intéresser aux nombreux effets sonores qui occupent l’espace de la pièce, moulins à vent, cris d’oiseaux, rugissements de taureaux, et même le bruit des outils qui creusent les tombes vers la fin de la deuxième partie, humour noir et légèrement décalé. Il faut dire que l’œuvre s’inspire des écrits d'Aleister Crowley.
Voilà, c’est de toute évidence une nouvelle face de Zorn qui se dévoile ici, qui est passionnante, étonnante et même surprenante, elle mérite évidemment l’attention, j’espère qu’elle vous a intéressé.