Voici un contrebassiste dont je vous ai dit quelques mots il y a peu alors qu’il officiait au sein du « Melodic Art-Tet ». Ronnie Boykins, je vous l’avais signalé, avait longtemps joué aux côtés de Sun Ra, au sein de l’Arkestra, entre 1958 et 1966, soit une période cruciale dans l’évolution de la formation qui évoluera, entre ses deux dates, d’un départ bop à un univers free. On peut estimer la participation de Ronnie Boykins à plus d’une trentaine d’albums de l’Arkestra qui seront publiés à partir de cette période.
Mais il y eut un avant et un après Sun Ra. Ainsi Ronnie a d’abord bénéficié d’une formation classique, ce qui explique son habileté au maniement de l’archet, avant de rejoindre le monde du jazz aux côtés de Von Freeman ou Johnny Griffin et du blues car il jouera aux côtés de Jimmy Witherspoon, Guitare Red ou Muddy Waters. Après son départ de l’Arkestra il jouera avec Archie Shepp, Steve Lacy, Marion Brown et beaucoup d’autres dont je ne fais pas la liste ici.
En écrivant ces lignes je suis privé d’internet, je ne puis l’affirmer avec certitude, mais il me semble bien que cet album ESP enregistré en 1975, est le seul qu’il ait enregistré en tant que leader. Un chouette album où il signe toutes les compositions, peut-être pour imiter les masses orchestrales qu’il soutenait, pendant sa période Sun Ra, il joue en septet.
Ainsi on trouve à ses côtés Joe Fergusson aux saxs ténor et alto ainsi qu’à la flûte, Monty Waters et James Vass au soprano et à l’alto, Daoud Haroum au trombone, Art Lewis aux percussions et George Avaloz à la conga. Il est également signalé sur la pochette que chacun joue également de divers instruments de percussion, cloches etc…
Nous retrouvons là un principe de base des formations dirigées par Sun Ra, qui exigeait de chacun qu’il soit également, et avant tout, un percussionniste. La dernière pièce de l’album, « The Third », de plus de douze minutes consiste en une large improvisation de l’ensemble du groupe qui joue essentiellement des percussions, avant que ne soit exposé le thème en toute fin de morceau.
Cette production ESP n’est pas très sophistiquée côté son, mais elle reste très acceptable, c’est un plaisir d’entendre la basse sautillante de Ronnie dans ce contexte, il a su développer un son énorme qui lui donne autorité, ainsi qu’une efficacité redoutable, avec une réelle précision qui parfois s’ouvre à des phases très synthétiques, rappelant l’économie d’un Count Basie qui savait, parfois, tout dire en quelques notes.
Un bel album pour le plaisir de jouer, sans esbroufe, plutôt sage même, comme on l’aime.