Marc Ribot – Saints – (2001)
Voici Marc Ribot en solo, dans un exercice assez expé, et qui n’a pas grand-chose à voir avec « Ceramic Dog », formation qui le verra beaucoup plus accessible, en compagnie de Ches Smith et Shahzad Ismaily.
Le compagnon de cet album serait plutôt l’ombre de l’ange tutélaire d’Albert Ayler, dont Marc a choisi quelques compos, « Saints » qui offre son titre à l’album et l’ouvre franco, sans précaution. Vers la fin de l’album on découvre également une reprise de « Holy, Holy, Holy » et une autre de « Witches and Devils » qui termine l’opus, autant d’hommages incandescents et révélateurs.
Ils proviennent tous du même album, précisément le fameux « Spirits » de soixante-quatre, qui fut souvent réédité sous le nom de « Witches and Devils », un album des plus directs, sincères et saignant, comme une mise à nu, de la part de l’iconique saxophoniste. Il ne manque que le titre « Spirits » pour que l’album soit repris en entier.
Peut-être ce choix reflète -t-il cette même volonté de « mise à nu » de la part de Marc Ribot, qui, avec ses seules mains, sans la force organique du souffle exerce cette même ascèse, à la recherche de ce même perfectionnement, peut-être (ou pas) en quête des racines.
Sans doute acquiescerons-nous, à l’écoute des deux traditionnels, « Go Down Moses » et « St. James Infirmary » qui sont également magnifiques… Mais l’album est bien plus riche encore et ouvre d’autres portes, comme la reprise de Zorn « Book of Heads#13 » qui livre une nouvelle porte, ou encore la reprise des Beatles « Happiness is a warm gun », vraiment épatante et très réussie.
Ribot n’hésite pas à appliquer cette même volonté d’aller au bout, avec des standards bien visités, comme « I'm Getting Sentimental Over You » ou « I'm Confessin’(That I Love You) », on le voit Ribot ne plaisante pas et persiste.
Cet album est donc un véritable projet, il porte ici une ambition qui dépasse le simple exercice artistique, et propose une voie viscérale, différente et originale.