Fatigué des algorithme et de ma passivité face à spotify, réveillé opportunément par l'écoute fortuite du Chef d’œuvre absolu qu'est "Fleurette africaine" extrait de l'album Money Jungle du maître Duke Ellington, je me suis tourné vers SensCritique pour comparer ce qu'en pense ma communauté prescriptrice préférée. En effet, j'étais tombé sur un hommage à ce titre appelé "Fleurette égyptienne" par une saxophoniste que je ne connais pas Sophie Alour. En effet, sur Spotify on découvre rarement des grandes stars, mais plutôt des seconds couteau. D'ailleurs c'est plutôt une qualité pour moi. Je cherche à étonner mes oreilles.
Par contre, j'ai bien conscience que les raisons de spotify ne sont pas les miennes et que la plateforme cherche surtout à économiser en droits d'auteurs et de passer des musiques qui lui coûtent moins, voire des artistes qu'elle est rémunérée pour promouvoir. D'ailleurs, ça finit par me fatiguer. Et revigoré par Duke Ellington me voici comptant sur SensCritique pour me guider à découvrir le haut du panier la crème de la crème. Je vérifie que Money Jungle est là en bonne place. Ce trio légendaire de trois musiciens au sommet de leur art notre compositeur de génie étant accompagné par la contrebasse de Mingus et l'énergique Max Roach reçoit la place numéro 29. C'est normal, je suis distrait, il y a forcément d'autres chefs d’œuvres dans la flèche la cathédrale monumentale qu'est le jazz. Après tout, je ne peux pas tout connaître.
Et vite je consulte la liste pour vite noter ce que ma culture musicale n'a pas encore absorbé.
Alors, incontestables, défilent devant moi Kind of blue, A Love Supreme, le Time Out du Brubeck, bien sûr, bien sûr... Ah Mingus déjà en 4e position. The Black Saint and the sinner lady" je ne crois pas le connaitre celui là ! Déjà, Art Blakey. Sans trop de surprise: Coltrane et Coltrane le fan club est infatiguable.
Pour l'instant, il n'y a rien à dire. Que des jazzmen marquants. Je suis très étonné - en bien - de voir l'exigeant Bitches Brew, bien avant le très populaire Ascensceur pour l'échafaud. En gros tout le monde y est, Chet Baker, Getz/Gilberto, le "Köln Concert" de Keith Jarret, ah tiens Sonny Rollins, peut-être que je l'apprécierai un peu mieux son énergie un peu brute, un de ces jours.
Donc, comme je suis là pour ça, je me note "à écouter" ce que je ne connais pas assez : le #4 déjà cité, "Moanin'" d'Art Blakey, les #14 encore un Mingus et le #15 Cannonball Adderley. En position 19, je me réjouis de voir par quel album je dois aborder Pharoah Sanders pour m'éviter des délires trop spirituels ? Pas sûr, ça s'appelle "Karma". Mais faisons confiance !
Et là, enfin du tout nouveau jamais entendu ! A la place numéro 22, sept rangs devant le chef d'oeuvre que je mets au pinnacle il y a un inconnu Ryo Fukui et son Scenery. Ça date de 1976. La couverture indique une origie asiatique le nom transcrit semble japonais. Ça promet. Le japon est connu pour assimiler les codes occidentaux à toute vitesse. Qui est ce japonais est-ce qu'il a révolutionné le jazz dans une fusion inattendue avec des instruments traditionnels ? Vu l'année c'est au minimum du jazz rock.
Et bien non. Ce musicien que SC classe devant le Duke est un autodidacte qui n'a pas touché un piano avant 1970. C'est son 1er enregistrement et ça s'entend. Le batteur et la basse son nettement en retrait. Rythmiquement c'est un peu tendu un groove un petit peu crispé qui manque de fluidité. Il n'y a pas cette perfection de l'écoute du jeu entre les musiciens. Le piano joue d'abord en solo et la batterie cherche timidement sa place. Je dois dire que j'étais un peu estomaqué.
Alors, c'est pas mauvais du tout. c'est juste la position dans le classement qui est étonnante.
Et puis en creusant, j'ai découvert que je ne suis pas le seul à m'étonner de cette célébrité soudaine. Sur reddit, il y a une théorie qui est devenue un même. C'est l'algorithme youtubesque qui semble adorer cet enregistrement, et le fait découvrir à tout va. Avec succès. Les critiques que j'ai lue ici ont toute le point commun d'être tombé sur Fukui par pure chance algorithmique. (Le premier caractère du nom Fukui veut justement dire chance ou bonheur). Moi qui pensais échapper à un algorithme je me suis retrouvé piégé par un autre.
Il semblerait que ce disque est une excellente introduction au jazz. Donc si vous aimez, et ça à l'air d'être le cas ici, je vous souhaite un énorme plaisir à découvrir tout les trésors que recèle encore pour vous ce classement. En espérant, que l'algorithme n'y mette pas trop de boxon... "au petit bonheur la chance".
https://www.reddit.com/r/Jazz/comments/1gotg0b/why_is_scenery_by_ryo_fukui_such_a_controversial/
https://www.senscritique.com/top/resultats/les_meilleurs_albums_de_jazz/193105