Brötzmann Bennink – Schwarzwaldfahrt - (1977)
Non, non je ne suis pas un naze en Peter Brötzmann, ni en Han Bennink. J’ai écouté, j’écoute et j’écouterai, encore et encore. Oui j’en ai en rayon, une palanquée, et même le Graphic Works 1969/2016. Mais voilà, je suis passé à côté d’un truc vraiment chouette, par ignorance et manque d’approfondissement, mais je me dis que ce n’est pas si grave, puisque grâce aux gars de « Free Jazz Manifesto – ma bible-mon bréviaire » je mourrai en ayant écouté ce truc, paisible et heureux, amen.
Ça s’appelle « Schwarzwaldfahrt », ça veut dire « Balade en Forêt Noire » ou quelque chose d’approchant me disent quelques bribes de souvenirs d’école. C’était en soixante-dix-sept. Ils sont arrivés avec le vieux Citroën peint en noir, sans toutes ses vitres, que l’on aperçoit sur la pochette, avec à l’intérieur les bonhommes et le matériel, pour la musique et pour l’enregistrement. C’était l’hiver, il caillait et la neige brillait sur les sommets.
Ce qui rend l’album si particulier c’est justement qu’il est très particulier. Rien à voir avec les envolées habituelles, les trucs de défoncés qui vous arrachent, les tripes qu’on sort pour les montrer au public qui en redemande encore, les cris d’écorchés et les hurlements vociférants, non, non. Justement c’est tout le contraire.
Ça a duré une semaine, Peter et Han, avec une autorisation de faire du bruit dans la forêt bien en poche, et aussi avec le Citroën et ce qu’il contenait. Et puis aussi avec la nature, ses arbres qu’on frappe, ses branches mortes que l’on foule des pieds, ses pierres qui roulent, ses rivières qui coulent et même, mais on s’en doutait, l’avion qui passe dans le ciel, du son qu'on produit ou qu'on saisit.
Du « field recording » donc, il faut dire que le froid a tendance à paralyser les instruments qui s’engourdissent et couinent. Mais qu’importe, car c’est là que se situe le génie, si on veut, ou la contrainte, ou peut-être la poésie pourrait-on dire, ça irait encore.
Les quarante-six minutes filent à grande vitesse, les impros en communion avec la nature donnent naissance à une musique très apaisée, naturelle, une harmonie pas béate ni niaise, un truc sauvage presque, comme un rêve dans le brouillard qui se pose au-dessus de l’eau, tandis qu’arrive la rosée du matin ...
Il existe des versions vinyles mais je me suis procuré le double Cd qui présente un grand nombre d’inédits qui font durer la magie.