Robert est un vieux fan de Steve encore très jeune qui s’est entiché de son idole malgré leur différence d’âge, mais leur amourette est compromise, car il est de trente-trois ans son cadet. Alors ils font de la musique ensemble, ce qui est une façon émotionnellement moins violente de prendre du bon temps. Encore que. Le problème c’est qu’après il faut trouver des couillons pour les acheter. C’est le père de Robert qui l’a initié à Steve Roach quand il était petit, et il y a pris goût, alors que moi, quand j’ai voulu faire découvrir The Magnificent Void à mes enfants, ils m’ont ensuite interdit d’approcher le tourne-disque à moins de cinquante mètres, et encore, sans faire de gestes brusques.
Vous souvenez-vous du Thursday Afternoon de Brian Eno ? il était constitué de circonvolutions mélodiques inlassablement répétitives et répétitées autour d’un accord majeur dont les notes étaient égrenées au piano (en agriculture, l'égrenage est la dispersion spontanée des graines d'une plante cultivée arrivées à maturité), égrenage sous-tendu par un tapis d’ambiance à gueule d’atmosphère et traversé de loin en loin par quelques zigouigouis cosmiques. On est bien ici dans ce type de proposition sonore, bien qu’à l’accord majeur ait été substitué une immensité atonale mollement inquiète et quinze tonnes d’écho supplémentaire pour faire genre. Nos deux compères redonnent ainsi leurs lettres de noblesse à la peinture tonale de la neurasthénie, sous prétexte de minimalisme romantique (sic). On ne doute pas qu’ils arpentent les territoires de l’invisible les yeux fermés comme qui rigole, main dans la main dans le piano accordé en fa dièze, sans doute aussi qu’à faire tourner ce disque en boucle on induit des transes corps-esprit subtils, mais ça fait déjà trois fois que je le remets au début et tout ce que je vois de ce que j’entends c’est Ryan Gosling tapotant les touches du piano qu’il découvre dans la luxueuse planque de Harrison Ford (baignant dans une lumière orangée permanente prompte à lui déclencher une dépression nerveuse de cyborg) dans Blade Runner 2049.

john_warsen
4
Écrit par

Créée

le 2 févr. 2022

Critique lue 11 fois

One Day of Forever

One Day of Forever

2

john_warsen

le 25 août 2025

Suivre

Bienveillance et tolérance sont dans un bateau, tolérance tombe à l'eau

C'est assez planant. Des nappes de sérénité lumineuses, en cascades, avec réverbérations. Idéal pour interpréter au funérarium le célèbre texte « La mort n'est rien : je suis seulement passé, dans la...

Crossing the Bridge (Live in Boulder) (Live)

Crossing the Bridge (Live in Boulder) (Live)

4

john_warsen

le 25 août 2025

Suivre

Kétamine, bonne mine !

Aujourd'hui, Steve est gentiment invité par le groupe de métal cosmique Blood Incantation à traverser le pont des limitations de genre, et à libérer leurs passions sonores ensemble sur la même scène,...

The Reverent Sky

The Reverent Sky

1

john_warsen

le 25 août 2025

Suivre

Voyage au bout de l'ennui.

Des notes de piano délicatement réverbérées, sépulcrales et anomiques, étirées jusqu'à plus soif et au-delà. Apaisement et sérénité garantis sur facture, sauf si vous êtes agacés en prendant...