Mais déjà, il n'y avait plus de neige
Je me devais d'écrire quelque chose à propos de Rammstein, au lieu de flinguer des films. Rammstein, nom déjà lourd et bien bourrin, malheureusement affublés d'une réputation de nazis dans le pire des cas, de musique pour adolescents frustrés dans le meilleur. Mais justement, passé les années lycée, en réécoutant... et en comprenant un peu ce qui se raconte dans leurs chansons, on s'aperçoit qu'il y a quand même un bon nombre de trouvailles musicales (ne me frappez pas). Tant qu'à faire, je pondrai une critique (tout à fait partiale il va sans dire) sur l'album qui me parait le plus plaisant.
Sehnsucht. En allemand, le mot qu'on colle à la sensation précise de désirer quelque chose de lointain, et quel désir ! Drôle de solution artistique pour traduire la langueur du manque, que de faire du métal bruyant dans tous les sens... Et qui pourtant fonctionne très bien avec les arrangements tarabiscotés de Flake, mais surtout avec la voix de Till Lindemann, aux prestations pour le moins impressionnantes. Rammstein a, par rapport à bien des groupes de métal, ce genre de pseudo-musique pour adolescents en mal de vivre, mhhh, l'avantage d'avoir quelqu'un qui chante sans grésiller, sans roter et sans vomir, donc quelque chose à quoi s'accrocher pour commencer avant de se plonger dans les roches crissantes du métal à proprement parler. Une sorte de Depeche Mode brutal, si on veut être réducteur. Il n'empêche que la recette fonctionne : même dans leurs morceaux les moins terribles, on sent toujours cette énergie brute, chaude, intacte, expérience tout de même rare dans le monde musical. Il y a quelque chose d'infiniment vivant et de très allemand dans cette façon de se jeter tout entier dans son style, ça n'essaie pas de faire le difficile, n'essaye pas de faire quelque chose qui ressemble à des oeuvres d'art : Rammstein ne triche pas, même s'ils s'en retrouvent paradoxalement commerciaux.
"On ne fait pas de l'art... Non, en fait, notre musique, c'est de l'entertainment. Enfin, on essaie quand même de faire passer des trucs, mais nous ne sommes pas des artistes." disait Lindemann dans une interview. Lindemann qui est par ailleurs un parolier doué : vers et mots simples, phrases parfois un peu énigmatiques, voire carrément obscures, qui allient une belle puissance d'évocation à des passages d'une évidence compacte, brutale, sexuelle. On conviendra que toute cette testostérone peut de prime abord faire un peu peur, mais il ne s'agit, rien de plus, rien de moins, qu'un cri primal. Un grand retour aux fondements de l'instinct, fiévreux, indistinct, mais toujours vivant, même dans ses recoins les plus sombres.
Sehnsucht, ah comme tu me manques ! L'album qui galvanise ce vieux sentiment si lié aux formes ancestrales de la musique... Qui chante chasse le mal... Quand Deleuze disait que chanter, c'était une affaire de territoires...