Avec Self-Portrait, le maigrelet suédois prolonge sa quête de simplicité, et pousse le classicisme revendiqué de son dernier opus, The Long Term Physical Effects Are Not Yet Known, jusqu'au bout.
Même sleeve dépouillé, même détachement de l'électronique (qui avait pourtant été au centre d'Antenna et de Rush), et même obstination à se moquer des modes et/ou du succès commercial. Mais alors que son disque précédent revenait d'une certaine manière aux fondements du trip-hop pour mieux les sublimer, ce Self-portrait s'applique à expérimenter, encore et toujours, dans une forme de dénuement mélodique qu'on ne lui soupçonnait pas d'apprécier.


Ainsi, Jay-Jay Johanson, que l'on connaissait comme un artiste soit ambitieux (dans cette façon de se remettre sans cesse en question disque après disque), mais surtout facile d'accès, se révèle ici presque comme un pur expérimentateur. Self-Portrait évoque même la musique contemporaine dans son refus de l'évidence mélodique (du point de vue instrumental seulement, le chant reste séduisant) et dans l'utilisation de ses instruments, à forte dominance acoustique (avec le piano, la contrebasse et les cordes en soutiens principaux). On surprend ainsi de nombreuses dissonances, peu aimables au premier abord, mais qui enchantent une fois les chansons adoptées.


Et avec le recul, on comprend mieux le choix du titre de l'album: l'homme, que l'on savait fan de jazz depuis belle lurette, veut révéler ses premiers amours à ce public fidèle qui le suit avec attention depuis des années.
Self-Portrait ressemble à un hiver suédois, long, rude et beau. Ce qui constitue à la fois sa force et sa faiblesse. Dans les plus beaux moments (la fin de l'album notamment, avec "Broken Nose", "Medicine", "Make Her Mine" et surtout le magnifique "Sore") on est à la fois ému et désorienté, c'est superbe. Mais d'une certaine manière l'aridité des premiers morceaux nuit à leur assimilation par le coeur.


On aurait pourtant pu s'en douter, à voir cette barbe et ce corps austères qui peuplent difficilement le sleeve de Self-Portrait: Jay-Jay Johanson est homme de chair, soit, mais aussi un corps minéral...

Francois-Corda
8
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes Les meilleurs albums de 2009 et Magik CDtek

Créée

le 28 août 2018

Critique lue 43 fois

François Lam

Écrit par

Critique lue 43 fois

1

D'autres avis sur Self-Portrait

Self-Portrait

Self-Portrait

7

MarcPoteaux

1124 critiques

Critique de Self-Portrait par Marc Poteaux

Ce nouvel album de notre dandy suédois préféré pousse le côté mélancolique du bonhomme dans ses derniers retranchements, tenez-vous le pour dit. Exit donc les titres un peu plus légers de ces...

le 13 déc. 2012

Du même critique

Persepolis

Persepolis

4

Francois-Corda

1034 critiques

Critique de Persepolis par François Lam

Persepolis, ou une sorte d’idéal bobo gonflant qui enterre tous les enjeux (la révolution sous-jacente en Iran, l’expatriation, l’adolescence torturée), le tout relayé par cette enfant dont...

le 16 sept. 2018

Les Chambres rouges

Les Chambres rouges

4

Francois-Corda

1034 critiques

Les siestes blanches

La salle de procès qui introduit Les Chambres rouges est d'un blanc immaculé et incarne aussi bien l'inoffensivité de son propos que le vide existentiel qui traverse son héroïne Kelly-Anne. On ne...

le 24 janv. 2024

Civil War

Civil War

5

Francois-Corda

1034 critiques

Critique de Civil War par François Lam

En interview dans le numéro d’avril de Mad Movies, Alex Garland se réclame d’un cinéma adulte qui ne donnerait pas toutes les clés de compréhension aux spectateurs, à l’instar du récent Anatomie...

le 21 avr. 2024