Paru en 1979, Setting Sons marque un moment charnière dans la trajectoire de The Jam. Conçu à l’origine comme un album-concept autour de trois amis d’enfance réunis après des années de séparation, le projet ne sera que partiellement mené à terme. Pourtant, même fragmentaire, l’idée nourrit l’écriture de Paul Weller, qui y livre l’un de ses portraits les plus acérés de la société britannique et du passage à l’âge adulte.
Le ton est plus sombre, plus désabusé, mais aussi plus ambitieux musicalement. Les mélodies gagnent en ampleur, la production devient plus riche et les arrangements s’étoffent, jusqu’à l’orchestration surprenante de “Smithers-Jones”, signée par Bruce Foxton. Entre énergie mod et sensibilité pop, le groupe atteint souvent une intensité remarquable.
Si quelques titres mineurs — notamment la reprise déplacée de “Heat Wave” — empêchent (presque) l’ensemble d’atteindre la perfection, Setting Sons reste l’un des albums les plus forts des Jam : un disque où la fougue juvénile cède progressivement la place à une lucidité adulte.
Titres à écouter en priorité : Little Boy Soldiers, Smithers-Jones et The Eton Rifles.