Steve Lacy – Shots – (1977)
Celui-ci je me le suis procuré lors de sa sortie ou pas loin, c’est dire si je le connais, je l’ai parcouru bien souvent autrefois, et j’en ai toujours gardé un grand souvenir, particulièrement pour le jeu de Steve Lacy, parfait, un son léché et très propre, si personnel qu’il en est inimitable. La pochette est également particulière avec toutes ces cibles, dont chacune correspond à un titre de l’album, le concepteur en est Brion Gysin .
D’ailleurs cet album c’est un peu plus qu’une étape à l’intérieur d’un cheminement, « Shots » fonctionne comme un « cycle », composé entre soixante-douze et soixante-quatorze, qui prend ici son premier envol discographique, mais il sera réinterprété plus tard en solo, de quoi recréer l’œuvre en lui donnant un nouveau souffle, plus aride, plus pur.
La particularité ici tient dans l’accompagnement de Masa Kwate qui joue des percussions traditionnelles japonaises. C’est très épuré, presque minimal, le percussionniste ne vise qu’à l’essentiel, loin de la frénésie africaine souvent associée aux percussions. L’épouse de Steve Lacy, Irène Aebi chante doucement et joue du violon sur la troisième pièce, « The Kiss ».
Je ne l’ai pas encore précisé mais Steve Lacy joue de son saxophone soprano qu’il aime tant, il se montre excellentissime sur cet album et les huit pièces s’inscrivent dans une parfaite continuité, s’enchaînant parfaitement avec une tendre proximité. Avec Steve on vit souvent le paradoxe du feu qui couve sous la glace, c’est exactement le sentiment qu’il donne.
Sur la pochette, des photos en noir et blanc sont incrustées dans les cibles, « Moms » avec la photo de sa maman, « Pops » avec celle du papa, « The Kiss » où un couple sculpté dans la pierre partagent un baiser, on voit aussi les enfants et les grands-parents, c’est assez intime, mais ce genre de photos se trouvent dans toutes les familles de ces générations-là.
C’est un album « Musica Records », enregistré aux Studios Grande Armée de Paris, le quinze octobre soixante-dix-sept. On signale que les masters ont disparu et que la réédition en Cd a été effectuée à partir d’une autre source. Mais l’original se trouve encore facilement malgré un tirage un peu restreint. Il est à noter que cet album reçut "Le Grand Prix De L'Académie Du Jazz 1980".
Un chouette album provenant d’une belle période pour Steve, très créative et pleine d’espoir.