On ne sait toujours pas qui se cache derrière Craven Faults. Ce producteur anonyme du Yorkshire n'a jamais jugé utile de lever le voile, et à l'écoute de Sidings, on comprend pourquoi : l'œuvre dépasse largement l'individu. Ce troisième album s'inspire des anciennes lignes de chemin de fer désaffectées du Yorkshire — sacrifiées dans les années 60 par le fameux rapport Beeching — dont la disparition a isolé des communautés entières. Des cicatrices invisibles dans le paysage, que Craven Faults transforme en son.
Le résultat est saisissant sur le papier : trois morceaux de quinze minutes chacun, construits comme des arches industrielles, des structures qui s'élèvent lentement dans un espace immense. L'esprit cathédrale est là — solennel, grave, physique. Les boucles s'enroulent sur elles-mêmes avec une patience presque obstinée, instaurant progressivement une forme de trance, un effet brainwash assumé qui finit par dissoudre le sens du temps.
Mais c'est précisément là que le bât blesse. Sidings est un album qui ne fonctionne vraiment qu'en fond sonore. En écoute active, l'absence de progression dramatique, de rupture, de moment véritablement saillant finit par se faire sentir. La cathédrale est belle, mais elle est vide. Là où un Selected Ambient Works II d'Aphex Twin ou un Promises de Floating Points récompensent les deux modes d'écoute, Sidings choisit résolument son camp — et laisse l'auditeur attentif un peu sur le bord du quai.
Ce choix est cohérent, sans doute même revendiqué. Mais il plafonne l'expérience. Belle tapisserie sonore, album de fond d'une rare qualité — pas une œuvre qui marquera durablement.