Nels Cline Trio – Silencer – (1992)
Nels Cline fait certainement partie des musiciens les plus intéressants, particulièrement parmi la famille des guitaristes dont il est un membre éminent. Contrairement à d’autres, bien qu’il en ait les qualités et les moyens, Cline ne cherche pas à éblouir avec la virtuosité, il ne voit pas dans l’exploration technique l’alpha et l’omega d’un bon guitariste, il s’intéresse autant à l’environnement immédiat, le travail sur le son via les pédales et les effets, ou même aux capacités d’un bon studio…
Nels a déjà bien bourlingué quand il crée, à la fin des années quatre-vingts, le Nels Cline Trio avec Mark London Sims à la basse et Michael Preussner à la batterie. C’est la formation que l’on trouve sur cet album, mais qui n’en enregistrera qu’un seul sous cette forme, Sims laissant la place à Bob Mair dès le suivant.
Il aime les belles envolées, dessiner dans l’air des tracés inédits, laisser la place à l’imagination, son art est délicat en même temps qu’imprévisible. Il ne cherche pas les racines, il s’en va même à l’opposé, jouant avec les abstractions, vers un ailleurs à construire. A ce jeu les impros sont de mise et tout un ensemble relationnel invisible agite les trois à l’unisson.
C’est tout de même Nels Cline qui signe les compos, excepté le titre d’ouverture, « Las Vegas Tango » qui est une composition de Gil Evans. Parfois Cline penche franchement côté rock et s’énerve un peu, comme sur « Lucile’s Trip » ou encore « « Broasted » aux couleurs jazz/rock, jouant de ses plus beaux effets et des distorsions. Ces pièces un peu mordantes donnent de la personnalité à l’album ainsi qu’un peu de caractère.
Evidemment, on goûte à la fraîcheur immatérielle de « Angels Of The Harbor » et on se laisse embarquer dans une rêverie reposante, qui semble flotter dans un coin d’espace, sur un petit nuage cotonneux, avec Sims et Preussner bien barrés également, qui participent grandement à cette lévitation temporelle plutôt magnifique, dotée d’un chouette final.
Silencer, le morceau titre, assez bref, semble une impro du moment, mais « Lapsing (part 1&2) » de près d’un quart d’heure est d’une autre trempe, après un début qui ressemble à une sorte d’errance, la pièce prend forme autour d’une exploration sonore qui peu à peu se met en place autour d’un thème entraînant, voire entêtant, qui en appelle un autre plus intense encore…
Ainsi va cette musique aux mille facettes, passant d’un climat à l’autre, d’une ambiance éthérée à une phase plutôt tendue, jouant des textures et des impressions, ne se laissant pas apprivoiser…