Carla Bley – Social Studies – (1981)
Social Studies est l’album suivant en lead qui succède à Dinner Music, quatre années sont passées et voici l’heure des « Etudes Sociales » de Carla, qui s’ouvrent avec une superbe pochette. Le Carla Bley Band qui est réuni possède une belle allure.
Michael Mantler à la trompette, Carlos Ward aux saxs soprano et alto, Tony Dagradi au ténor et à la clarinette, Gary Valente au trombone, Joe Daley à l’euphonium, Earl McIntyre au tuba, Carla aux claviers, Steve Swallow à la basse et Sharp à la batterie. Un nonet qui tourne rond et fonctionne à plein !
L’album s’ouvre avec « Reactionary Tango (In Three Parts) », comme indiqué, un tango en trois parties absolument remarquables, qui se fixe à jamais dans votre mémoire auditive, sans plus vous quitter. Enfin, c’est ce qui m’est arrivé, après en avoir probablement usé et abusé, mais c’est le lot des œuvres extraordinaires qui finissent par faire partie de vous.
Puisque nous sommes dans les livres et les propriétés des auteurs il faut passer par la case « Copyright Royalties », une sorte de blues où brille la clarinette de Tony Dagradi, avec des airs à la fois blasés et nostalgiques, et un solo de trombone de l’excellent Gary Valente. On remarque également le talent d’écriture de Carla qui va à nouveau monter d’un cran avec le superbe « Útviklingssang » qui ouvre la face B.
On y entend cette facilité particulière et rare que possède Carla pour l’écriture et l’édification de beaux thèmes, avec chouette mélodie et tout, et tout… Ce pourrait-être un thème de film, qui circulerait au fil des événements, ponctuant chagrins, retrouvailles, coups du destin et fin fatale. C’est encore Tony Dagradi à l’œuvre, mais cette fois-ci au ténor, avec l’orchestre derrière qui dessine le décor…
A peine êtes-vous emporté que surgit la « Valse Sinistre », à nouveau une méga compo de Carla, je parle en termes de qualité, bien sûr, c’est un creuset qu’elle aimera fouiller à l’avenir. Elle dépose ici comme une marque déposée dans laquelle elle aimera puiser, avec une sorte de distance, d’humour presque d’ironie également, même si on sent le côté « noir » du truc…
Place et honneur à la rythmique sur « Floater », Sherp et Swallow se régalent, ainsi que Earl McIntyre que l’on entend à gauche, arrivé à ce stade on se dit que, diable, l’album qui baigne apparemment dans l’accessoire et le futile est tout simplement impressionnant, sans aucune faiblesse, fignolé dans les moindres détails, et on se dit que, Carla, elle y touche une sacrée bille dans les « Etudes Sociales », reste « Walking Batteriewoman », la dernière pièce, la touche finale.
Carla à l’orgue s’y régale, elle dialogue avec l’orchestre qui joue une partition alambiquée, toute tordue, avec une succession de solistes qui s’expriment en renouant avec le bebop, une façon très jazz et classe de dire « à bientôt », bon, il faut bien s’y résoudre, l’album est majeur, génial, avec une grande finesse tout du long, je soupçonne que c’est la raison pour laquelle il s’est sournoisement glissé dans ma mémoire auditive pour ne plus la quitter !