Biréli Lagrène – Solo Suites (2022)
Pour situer, pour ceux qui ne connaissent pas, Biréli Lagrène a été souvent qualifié d’héritier de Django Reinhardt, il faut dire qu’à l’âge de treize ans il a joué aux côtés de Stéphane Grappelli, ça vous marque forcément, surdoué donc. Quelque part on pourrait dire qu’il a toujours gardé ce côté en avance, précoce, devenant une sorte de prodige.
Le jazz manouche ça lui a longtemps collé à la peau, son côté virtuose éblouit les foules et fascine les autres guitaristes, il a même créé le « Biréli Lagrène Ensemble » puis le « Gipsy Project », mais Biréli n’est pas de ceux qui exploitent les filons à fond, ce qui l’intéresse avant tout c’est la musique, l’émotion, un gars simple et honnête qui laisse un grand souvenir partout où il passe, alors le jazz manouche oui, il l’aime, le joue et le défend, mais il ne s’enferme pas dans un genre ou un style.
La musique c’est sa vie, son carburant il a atteint un tel niveau technique, harmonique, de telles facilités pour écrire ou improviser qu’il ne s’intéresse qu’à l’essentiel, déclarant même que « le silence est parfois plus important que la musique ». Cette maxime est son moteur ici, pour ce premier véritable enregistrement en solo.
La guitare est jazz, mais elle sonne parfois presque folk, toute nue, exceptée sur le dernier titre « Angel From Montgomery », une reprise, où sa fille Zoé chante à son côté. Bien entendu Biréli a réfléchi à son projet, l’a préparé et organisé, pensé, mais il ne l’a pas répété, il est entré en studio et s’est lancé dans les improvisations, dix-sept titres au total, éblouissantes, délicates. Un morceau supplémentaire se cache également, au fond du fond.
Il y a bien quelques reprises, comme « Nature Boy », « Caravan », My Foolish Heart » et « Put Your Dreams Away » mais les interprétations qu’il en fait sont toutes personnelles et permettent d’en créer une autre vision. Ce qui caractérise le mieux son style c’est la pureté des lignes, claires et directes, simples, comme il est. Une musique toute en sincérité qui vient du cœur, généreuse, comme une offrande. Il a beaucoup travaillé les harmonies et sa technique n’est qu’un outil parmi d’autres pour arriver à cet « essentiel » qu’il nous livre ici.
Vraiment un magnifique album, sorti en même temps que celui de John Scofield dont je vous ai parlé également. Il faut souligner également la performance au niveau de la prise de son qui nous plonge à quelques centimètres des cordes…