Jimmy Lyons / Andrew Cyrille – Something In Return – (1988)
Entre les deux qui sont là, on connait probablement mieux le second, Andrew Cyrille, que le premier, Jimmy Lyons, bien qu’ils soient du même acabit, de la même trempe. Jimmy Lyons a gagné une reconnaissance méritée en jouant aux côtés de Cecil Taylor, ceux qui n’écoutent pas de free-jazz ont pu passer à côté, c’est pourtant un musicien important.
Il est né en dix-neuf cent trente et un et appartient à une génération ancienne qui l’a forgé. Beaucoup de ces musiciens qui le côtoyèrent au temps du bebop, sont restés figés dans ce style, c’est la loi commune, il n’y a pas tant que ça de passeurs, de ceux qui enjambent les styles et restent à la pointe, en continuant d’évoluer, en quête d’une autre musique.
Jimmy Lyons est de cette espèce-là, à ceci près qu’il ne renie rien, car le be bop, son be bop, s’entend encore dans son jeu, là est toute sa spécificité, qui en fait un musicien remarquable et estimé par l’ensemble de ses pairs. C’est aussi ce qui attacha Jimmy Lyons à Cecil Taylor, l’un des destructeurs de mondes les plus fracassants du jazz.
C’est précisément cette qualité de rester debout, tel un pilier, qui attacha Lyons à la musique de Cecil, il savait suivre le flot et forcer la tempête tout en gardant ses repères, le compagnon idéal pour le pianiste, qui ne se sépara de Jimmy Lyons qu’à sa mort, dans la formation qui se nommait le « Cecil Taylor Unit ».
IL n’y a donc pas tant que ça d’enregistrements de Lyons en dehors du contexte Taylorien, mais il y en a, tous remarquables, comme celui-ci, ou le fameux « Other Afternoons » sur Byg Records. Il y a également le prestigieux « The Box Set », un coffret cinq Cds, sur Ayler Records, dont il faudrait que je vous parle.
Andrew Cyrille est évidemment un compagnon de voyage idéal pour le saxophoniste alto. Ils ont enregistré ensemble, avec Jeanne Lee au chant, l’album « Nuba » en soixante-dix-neuf. Cet album-ci est donc une continuation du partenariat qui les réunit, car ils aiment jouer côte à côte, à l’image d’un autre album qui paraîtra sous le nom de « Burnt Offering », en quatre-vingt-onze.
On connaît Andrew, celui qui fait chanter les tambours, davantage commentateur avisé que simple rythmicien, offrant les plus belles lettres de noblesse à son instrument, en l’élevant au rang de partenaire privilégié en matière d’improvisation, capable d’innovations renversantes.
Alors, forcément, cet album est avant tout formidable. Paru sur Black Saint, une perle du label.