Ike Quebec – Bossa Nova Soul Samba – (1962)
Alors qu’il préparait son grand « retour », Ike Quebec a été fauché par le crabe, et ces derniers enregistrements, annoncés sous la couleur de la « bossa nova », alors en pleine mode, seront ses derniers, ceux des adieux et des regrets.
Voici ce qu’en dit l’ingénieur du son Rudy Van Gelder dans le livret de cette réédition remasterisée : « Ike a toujours joué magnifiquement, même à la fin, alors qu'il se mourait... Je veux dire, qu'il était littéralement en train de mourir. » Ike s’en va donc, il laisse derrière lui cet ultime album, sans doute pouvons-nous danser à son écoute, ou du moins tanguer de ci, de là, et imaginer la grande tristesse qui devait habiter Ike Quebec, en ces moments effrayants.
L’album étant présenté ici avec trois alternates takes, on peut même s’offrir le luxe de choisir, de comparer, histoire de s’occuper du dérisoire, du soleil dans la musique, quand elle valse et tourne, comme cette fumée de cigarette qui volute en fuyant vers la fenêtre ouverte…
Ike n’est pas seul avec son gros sax au son velu, il y a le grand Kenny Burrell à la guitare, l’excellent Wendell Marshall à la contrebasse, en ex de chez Duke Ellington, l’homme des temps nouveau, Willie Bobo à la batterie, et le rutilant Garvin Masseaux au chékeré qui apporte ici une couleur unique…
Tout est en place pour apprécier la bossa nova brésilienne, Stan Getz a allumé les feux avec l’intemporel « Jazz Samba » qui danse encore, et chacun y va de son air, mais Ike a écarté Jobim, déjà en surexploitation, il compose lui-même où regarde ailleurs, il capte même un « Goin’Home » d’Anton Dvořák !
La pochette de ce Blue Note est presque noire, la couleur du deuil qui transpire ici, semble accaparer jusqu’au visage là-haut, qui regarde vers l’intérieur. « Soul Samba » en lettres rouges qui bat la passion, quand il se délaye avec le noir…
Parmi les neuf pièces, « Loie » de Kenny Burrell est la première reprise, puis « Shu Shu » de Almeida et de Souza, et pour finir « Favela » de Tavares et Camargo. Malheureusement pas de version alternative de « Blue Samba » qui a sans doute été réussi dès la première prise.
Avec courage, comme l’indique Alfred Lion: « Ike a joué magnifiquement et a porté la séance à bout de bras. », la dernière, bientôt le rideau va tomber…