Andrew Cyrille – Special People (1981)
Le label Soul Note qui patronne cette sortie a été créé par Giovanni Bonandrini qui avait succédé au fondateur de Black Saint, en effet ces deux labels sont cousins. Black Saint fondé en mille neuf cent soixante-quinze se consacrait aux musiques d’avant-garde, plus free, tandis que Soul Note, créé en mille neuf cent soixante-dix-neuf recueillait les musiques plus abordables, plus commerciales.
Cependant, avec le temps, les contours sont devenus plus flous et les albums n’obéissaient plus aux critères établis. Ainsi cet album d’Andrew Cyrille n’est pas si facile à caser, ce sera Soul Note, bien que Black Saint, me semble-t-il aurait tout aussi bien convenu.
Andrew Cyrille est aux percussions, y compris batterie, évidemment. Il a invité David S.Ware, le puissant saxophoniste, à la fête, avec Ted Daniels à la trompette et au bugle et Nick Geronimo à la basse. Un quartet exceptionnel. L’enregistrement s’est déroulé en octobre et est sorti l’année suivante, en quatre-vingt-un.
Ce qui fait la qualité de cet album c’est essentiellement celle de ses membres, les quatre, réunis autour des compos d’Andrew pour les sublimer. On pense naturellement à David S.Ware, soliste vedette remarquable, déjà impeccable, particulièrement pour la mise en place de ses duos combinés avec Ted Daniels.
En effet, ils ont la bride sur le cou et s’en tiennent assez souvent à lire les thèmes à l’unisson, ce qu’ils font avec maestria. Fort heureusement les solos se débrident petit à petit et l’expression devient plus personnelle, bien que l’on attende davantage de cette réunion. Pourtant, à ce jeu, le plus libre est probablement le bassiste Nick Geronimo qui se régale bien souvent et nous fait partager le son grave et l’élasticité de sa basse.
Cinq thèmes sont joués, il n’est pas aisé d’en sortir un parmi les autres, car aucun ne se détache vraiment, bien que « Baby Man » nous laisse admirer les souffleurs en solo parfait lors de l’introduction de la pièce, ce qui est un exercice bien sympa.
La dernière pièce « Special People » connaîtra une vie après cet album et sera jouée lors des concerts d’Andrew. La pièce vire free et offre à David S.Ware l’opportunité de débrider complètement son jeu, ce qui nous permet de profiter à plein de son talent d’improvisateur, d’autant que Ted Daniels lâche lui aussi les chevaux, l’album se libère enfin, dommage qu’il faille attendre aussi longtemps pour profiter de cette énergie qui ne demandait qu’à jaillir enfin. Après un solo d’Andrew l’album se clôt, laissant le sentiment d’un rendez-vous, hélas, un peu manqué… Mais je suis, c'est sûr, bien trop sévère, écoutez "A Girl Naled Rainbow" et "High Priest", ça relativise, quand même !