Tant physiquement que musicalement, Jay-Jay Johanson semble se rapprocher avec les années d’une sorte d’idéal anachorète. Barbu, chevelu, étique, lorsqu’on le voit ramer sur une mer d’huile dans le clip du grave « Dilemna », on ne peut s’empêcher de penser à un Christ en pénitence. Il semblait pourtant difficile, connaissant le goût de Johanson pour les mélodies assez riches, d’envisager un dénuement plus important que celui de Self-Portrait (2009). Mais aujourd’hui plus que jamais, sa musique colle à la majestuosité grisaillante et à l’apaisement qu’inspirent les paysages scandinaves. Il est vrai que jusqu’ici les disques du suédois avaient en eux une sorte d’anachronie musicale, un décalage avec cette solitude irrémédiable que chante l’homme depuis ses débuts.

Après le foisonnement instrumental et les cordes soyeuses, ou encore les synthétiseurs joliment désuets de sa période dansante, place donc à la sobriété du duo piano/guitare. De mélopées qui semblent au départ terriblement banales s’échappe pourtant, pour ceux qui auront le courage de surmonter des premières écoutes glaçantes, une beauté minérale peu commune. Spellbound, derrière ses atours de placidité gracieuse, est un disque profondément mélancolique. Un album d’entre deux saisons finalement, balancé entre les dernières rougeurs automnales et le squelettisme des arbres décharnés. Certainement pas le meilleur de son auteur, mais l’apaisement qui s’en dégage est profondément bienfaisant.

Francois-Corda
8
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le 16 sept. 2018

Modifiée

le 12 juin 2024

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