SPOCK'S BEARD ne s'est pas trompé d'époque. Paradoxalement alourdis par le départ de Neal Morse en début de millénaire (« Feel Euphoria » pas mauvais mais un poil plan-plan), le quatuor en détresse qui s'est ensuite envolé très haut avec « Octane » début 2005 poursuit son exploration de contrées verdoyantes et s'envoie littéralement en l'air (quitte à ne pas toujours éviter la chute) sur cet album sobrement intitulé... « Spock's Beard » !

A la fin des seventies, les jeunes chevelus auraient sans nulle doute classé ce disque aux rayons limitrophes DEEP PURPLE / LED ZEPPELIN / THE WHO, références ultra-côtées que l'on prend en pleine figure dès « Is This Love », petite pépite d'énergie que la presse spécialisée devrait flinguer sans vergogne pour sa tendance à faire « pop ». Egalement dans le collimateur, « All That's Left » (tendance TOTO), « Hereafter » ou « Sometimes They Stay, Sometimes They Go », forcément trop courts pour les amateurs de bavardages démesurés.

Ces titres expresso sont pourtant à placer aux côtés des allongés « With Your Kiss » (splendide) ou de la réjouissante fresque ondulante aux arcs jazzy « As Far as the Mind Can See ». Pour ce qui est des murs soniques déployés, les mélodies sont accrochées par des musiciens exaltés (furieux solo de Alan Morse sur la puissante instrumentale « Skeletons at the Feast », Ryo Okumoto pied au plancher notamment sur le jazzy « Here's a Man ») d'où ressort une section rythmique (Dave Meros tricote sec) qui renvoie illico PORCUPINE TREE en thalasso. Dans cette orchestration luxuriante et absolument inspirée (flûtes, cordes, guitare sèche sont également au menu), Dave Meros tricote sec alors que Nick D'virgilio explose ses limites vocales et enchasse des trésors de guerre aux baguettes.

Si l'album, un peu long du haut de son heure et quart, cultive le « son » SPOCK'S BEARD avec un plaisir évident, il emprunte aux premières années du groupe (« On a Perfect Day » très « The Light ») comme au plus récent notamment sur le coup de trique « Wherever You Stand » digne frérot du précédent « Surfing the Avalanche ».

Chaque titre exploite son potentiel et malgré quelques interférences (« The Slow Crash Landing Man », « Sometimes They Stay... » dispensables, le final de « Rearranged » un peu bâclé), ce neuvième échelon devrait être beaucoup écouté dans les semaines à venir. Pas certain que les amateurs de progressif pur et dur trouvent leur compte dans cet enchaînement qui prouve une fois de plus l'attachement du groupe pour un rock solide façon californie. Aux divers styles déployés répond un défi commun : faire une bonne chanson quel qu'en soit la durée. Mission accomplie les gars. Et avec quelle classe !
AmarokMag
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le 18 janv. 2012

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