Bireli Lagrene – Standards – (1992)
Et voici le cinquième et dernier album de Biréli Lagrène pour le prestigieux label Blue Note, entièrement consacré aux standards. Il s’ouvre avec le délicieux « C’est si bon » dont certains parmi vous connaissent probablement la version de Louis Armstrong. Une telle entrée en matière est juste prémonitoire tant l’album est une réussite.
La seconde pièce, « Softly as in a Morning Sunrise » semble placée à cet endroit juste pour vous donner le tournis, tellement ça va vite ! Peut-être pour se débarrasser une bonne fois de l’image du guitariste prodige qui le menace, car il est diablement véloce, en même temps qu’il sait parfaitement que la maîtrise technique n’est qu’une façade, un moyen pour atteindre son véritable but.
C’est que notre compatriote, Rom ou manouche comme vous voulez, né à Saverne dans le Bas-Rhin, c’est bien ça le département situé juste au-dessus du Haut-Rhin, a depuis longtemps compris que ce qui compte vraiment, c’est de toucher les gens, parler à leur âme, et que s’il est bon de posséder de la technique, elle n’est jamais une fin en soi.
Mais il n’est pas seul, l’effort solitaire viendra plus tard, avec « Solo Suites » de deux mille vingt-deux, dont je vous ai déjà parlé. Il y a ici l’ami André Ceccarelli, « Dédé » pour les intimes, qui lui aussi est un maître, à la fois métronome et décorateur expert, de ceux qui savent allier les deux pôles sans effort. Et puis, avec la notoriété, une légende à la contrebasse, rien moins que Niels Henning Orsted Pedersen, que l’on appelle le plus souvent « NHOP », comme par souci d’économie.
Jouer les standards, c’est aussi entrer dans l’arène de la grande famille du jazz, qui a tant bataillé autour de ces titres quasi mythiques, qui éclairent d’un jour nouveau chaque musicien qui s’y colle. Je vous recommande « Automne Leaves », quasi méconnaissable tellement la version offerte ici ne colle en rien à ce qu’on attend de ce titre, et pourtant c’est juste magnifique !
Alors on se laisse prendre par les versions fascinantes de « Donna Lee » que les Parkeriens adoreront, ou « Body and Soul » pour les amateurs de Coleman Hawkins, ou encore « Ornithology » qui servit de terrain d’essai à tant de boppers, et même « How Insensitive (insensatez) » de Vinicius De Moraes et Antonio Carlos Jobim, histoire de convoquer les saveurs tropicales.
La dernière pièce, « Nuages », évidemment incontournable, voit l’arrivée de Dominique Di Piazza à la contrebasse électrique, un tel album ne saurait, en effet, faire l’économie de Django Reinhardt, le père du jazz manouche, qui fascine encore aujourd’hui.