Charles Gayle Trio – Streets (2012)
Charles Gayle se souvient… « Streets » c’est plus qu’un mot pour lui, toute une partie de sa vie, forcément ça forge l’homme, même s’il n’est pas faible, ni même souple, bien au contraire, c’est sa ténacité qui l’a maintenu debout et droit, fidèle aux principes qui l’ont forgé, y compris dans l’adversité et la précarité. Il restera fidèle, contre vents et marées, à cette petite lumière qu’il a allumée, tout au fond de son cœur…
Lors de sa seconde vie, ou peut-être est-ce la troisième, mais qu’importe, lorsqu’il montait sur scène il aimait se déguiser en clown, non pas pour faire rire les enfants, car son clown était triste, avec des larmes dessinées sous les yeux. C’est ainsi grimé qu’il délivrait son jazz rugueux, brut et enraciné. On le voit également sur la pochette de « Look Up » revêtir ce costume de scène, tragique : C’est sûr, il se souvient…
Il est âgé de soixante-douze ans lorsqu’il rentre dans les studios de « Seizures Palace Recordings », il repense à sa vie et se souvient, forcément. Le costume, pour la pochette, et faire revivre son autre lui-même. Il est accompagné par Larry Roland à la contrebasse et Michael Ta Thompson à la batterie, les voici en trio comme très souvent. C’est du pur Charles Gayle, avec ce côté rustique, parfois même un peu austère, il n’y a rien de léger ici, pas le moindre manque de tenue.
Même si on perçoit de la tendresse, si on ressent comme une chaleur, il y a également de la douleur et de la peine. Un mélange des contraires qui pourrait engendrer une certaine complexité, pourtant il n’en est rien car la musique de Gayle se livre toute nue, sous le fard on voit la tristesse, mais aussi la bienveillance et la simplicité, même si parfois la musique se veut déchirante, comme sur « Tribulations » qui ferme l’album.
Toutes les pièces sont belles, elles font vibrer le flambeau du free authentique sans jamais lasser, s’il fallait choisir, on pourrait extraire le morceau titre, car il est sublime, mais chacun possède quelque chose d’unique, ces étincelles d’énergie brute qui jaillissent continuellement et assurent à cette musique des parcelles d’éternité.