J'aurai personnellement mis du temps à apprécier New Order, tout comme cette compilation dont le choix de proposer les mixes 12'' des morceaux rebute un peu au départ. Il faut dire qu'avec 74 minutes, l'album n'est pas des plus courts, pour seulement douze pistes ! Mieux vaut à mon avis se familiariser d'abord avec les versions 7'' des singles. Cette sélection n'en devient ensuite que plus unique, puisque proposant des mixes étendus (c'est particulièrement frappant pour "The Perfect Kiss", qui passe carrément de 4 à 8 minutes), lui conférant presque la profondeur d'un album qui fait si cruellement défaut à nombre de compilations.
L'album s'ouvre sur un "Ceremony" 100% post-punk, rappelant furieusement le passé Joy Division. "Everything's Gone Green" ensuite est à mon avis la seule baisse de régime de la compilation, avec ce titre trop long, lent et peu excitant. J'ai beau ne pas totalement comprendre le statut de classique absolu qu'a acquis "Blue Monday", mais je dois avouer que dans le contexte de cette compilation, le titre passe très bien, même si son côté "remix abscons à tout va" et ses trompettes en MIDI me gênent toujours.
"Confusion" est un des titres les plus étonnant de New Order, parce qu'il s'agit d'un pur morceau d'electro (pas de musique électronique, d'electro, ou electro-funk, ce style datant du début des années 80 qui fut souvent associé avec la naissance du hip hop, pensez Afrika Bambataa). C'est en tout cas un très bon titre un peu trop souvent oublié.
Les choses vraiment sérieuses commencent avec "Thieves Like Us", premier véritable tube à mon avis, à la dimension dansante pas encore très développée, avec donc un feeling plus purement synthpop. Et arrive ensuite "The Perfect Kiss"... Que les choses soient claires : le meilleur titre de New Order, ce n'est pas "Blue Monday", ce n'est pas "True Faith", ce n'est pas "Bizarre Love Triangle"... C'est "The Perfect Kiss" ! C'est le premier titre où le groupe parvient à abandonner pour de bon la marque de fabrique un peu lourde et pataude de ses débuts et nous sert un tube monstrueux. PERFECT POP, vous dis-je. Non mais, ce break calme featuring baragouinages de grenouilles, puis cette avalanche tout simplement BIBLIQUEMENT ÉPIQUE de synthés, je ne vois pas comment quiconque peut y résister. C'est une énorme baffe, un hit immense, un truc qui fout la honte à tous ces branquignoles prétendant faire de la pop (je ne sais pas de qui je parle).
Et rebelote, avec "Sub-Culture"... Un titre un peu mal-aimé, apparemment desservi par un mix single nauséabond. Mais je peux vous garantir que ce mix-là est tout aussi monstrueux que le titre précédent également issu de Low-Life. Autre empilement intolérablement grandiose de synthés, avec cette-fois une dimension émouvante encore plus forte. "Shellshock" ensuite nous permet de souffler un peu, même s'il reste un bon titre. La tension remonte d'un cran avec le très bon "State of the Nation"...
Avant le coup de grâce final. J'ai beau avoir qualitativement placé les deux titres finaux sous "The Perfect Kiss", ils n'en restent pas moins deux autres tubes magistraux. "Bizarre Love Triangle" est même, avouons-le, une resucée de "The Perfect Kiss"... Mais juste assez habile pour qu'on y voit d'abord que du feu et qu'on y devienne accro ! Enfin, "True Faith", titre inédit à la sortie de cette compilation, est d'autant plus génial qu'il est à mon avis moins directement accrocheur, puisque reposant moins sur un aspect dansant affreusement efficace.
Au bout du compte, Substance mérite bien son statut de compilation historique puisqu'il n'y a rien à jeter sur cette (double galette) et qu'on y trouve pas moins de un, deux, trois... quatre des plus grands tubes de l'histoire de la pop ! Une fois ce premier disque maîtrisé, le second de l'édition double CD, renfermant B-sides, instrumentaux et remixes, propose un bonus non négligeable. Les quatre premières pistes sont même du niveau du début du premier disque, et en dernière piste "1963", le B-side de "True Faith", se révèle un titre de haute volée du groupe, dans un style moins dance.