Qu'y a-t-il dans la voix de Will Oldham (alias Bonnie "Prince" Billy) qui soit aussi vénéneux ? Depuis plus de dix ans qu'on le fréquente avec assiduité, sa voix légèrement fausse, éraillée, toujours intensément incisive et précise, n'a cessé de briser les cœurs. Ses disques mettent de longues semaines avant de s'installer, mais ils hantent durablement les vies de leurs victimes. Car derrière des semblants de retenue, derrière une esthétique un peu trop vite qualifiée de lo-fi se dissimulent quelques-unes des plus belles chansons de l'histoire du rock. Dans ces morceaux, il y a le même esprit qui veillait sur les plus beaux instants de Johnny Cash, Neil Young ou Frank Sinatra : la même flamboyance mesurée, la même déraison romantique, qui mène l'auditeur au bord du gouffre et le rattrape toujours au dernier moment. Superwolf renoue avec les atmosphères des disques les plus sombres du chanteur, comme I See a Darkness, Days in the Wake ou Get on Jolly. Les musiques, toutes composées par Matt Sweeney à partir des textes, ne dépareillent pas celles habituellement conçues par Will Oldham. Elles sont, parfois, un peu plus équilibristes, se développant sur davantage de temps, mais demeurent tout aussi ouvertes et enrobantes, laissant toute la place au chant. Comme sur le dernier morceau de l'album, I Gave You, hanté par un chant et une guitare nus, rehaussés par un orgue nocturne. Will Oldham y chante une histoire de cœur brisé : en l'écoutant, on le devine disparaissant progressivement, en même temps que son chant s'évanouit dans l'air. On voudrait le retenir, de peur que son absence rende la vie trop insupportable. (Inrocks)

bisca
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le 13 mars 2022

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