Illinois Jacquet – Swing's The Thing – (1957)
Lorsque j’étais jeune, pauvre, arrogant et mal barré, il m’arrivait de descendre dans le sud, l’été, pour faire la tournée des festivals. C’est en cette période que je vis Illinois Jacquet sur scène, aux Arènes de Cimiez, à Nice, alors ma destination préférée. Il y avait des vieux jazzmen, dont le nom était très connu, comme Illinois, qui montaient dès l’après-midi, sur une des trois scènes, la plus à l’ombre possible, et jouaient des standards, à la mode d’autrefois.
Il faut bien le dire il y avait là un côté ringard, ils jouaient le jazz d’avant, en retard d’une ou deux guerres, comme sur le titre de cet album, on parlait de « swing », c’est dire. Pour ma part je m’étais enquis de l’histoire de ces gars, avant de partir, j’avais lu un peu, et j’aimais les écouter, ces vieilles branches, je savais qu’ils portaient l’histoire d’avant, et je les aimais, debout dans leurs costumes mal ajustés, et je les applaudissais après chaque solo, avec les vieux qui étaient là, épars, formant un public « old school ».
Il faut dire que King Jacquet ne portait pas seulement le même chapeau que Lester Young, mais il s’inspirait de la légende en tant que joueur de sax, tout comme il louait Coleman Hawkins dont il avait subi l’influence. Après être passé chez Cab Calloway, il atterrit chez Count Basie, puis chez Lionel Hampton où il brilla sur le fameux « Flying Home » qui passa à la postérité, avant de créer « The Illinois Jacquet Big Band ».
Illinois Jacquet "Flying Home" on The Ed Sullivan Show en 1949.
https://www.youtube.com/watch?v=3yxWONmkc14
Cet album d’Illinois est pas mal et même plutôt bien réussi, il représente bien cette musique un peu ancienne, Illinois est un fameux saxophoniste ténor qui a bien bourlingué, il y a également le trompettiste Roy Elridge, d’une renommée comparable à celle du saxophoniste. Mais aussi le guitariste Herb Ellis, le pianiste Jimmy Jones, Ray Brown à la contrebasse et Jo Jones à la batterie.
De fameux musiciens, vraiment. Écoutez « Harlem Nocturne », vous êtes capable d’aimer ce truc chaleureux et envoûtant, ou encore « Can’t We Be Friends » avec un joli solo de piano de Jimmy Jones, et un autre de Herb Ellis resplendissant, « Have You Met Miss Jones » où Jacquet se montre sensuel, « Lullaby of the Leaves » avec un Roy Eldridge épatant et Jacquet qui brille un peu partout avec son sax sensuel sur les ballades et efficace sur les titres rapides.
Alors, oui, ici il y a du bon Swing !