John Coltrane / Hank Mobley / Zoot Sims / Al Cohn – Tenor Conclave – (1956)


Je continue l’exploration du label « Prestige » avec ce remarquable album enregistré lors de la session du sept septembre cinquante-six qui réunit quatre saxophonistes de premier plan, tels qu’ils figurent sur la pochette. Les lettrages d’origine présentent les quatre gaillards à égalité, mais le temps faisant son œuvre, John Coltrane vit soudain son nom écrit en gros caractères rouges lors de la réédition de soixante-deux, tandis que les trois autres furent réduits à la portion congrue, signe des temps…


Pourtant Coltrane n’y était pour rien, la décision en revient aux marchands, rien ne change, et surtout pas la musique qui elle, garde sa fraîcheur. Il s’agit d’une jam-session réunissant des saxophonistes de la même génération, non pas pour une confrontation, mais bien pour un échange, même si une certaine rivalité pouvait en exciter quelques-uns…


Quatre pièces sont jouées, dont deux signées par Hank Mobley, le premier titre, « Bob’s Boy » et le troisième « Tenor Conclave », les deux autres sont des airs à la mode, « Just You, Just Me » et le standard « How Deep Is The Ocean ». Il faut encore revenir vers les rééditions diverses qui verront l’ordre des pièces bousculé.


Il y a également une des meilleures rythmiques du moment avec le pianiste en vogue Red Garland, le contrebassiste Paul Chambers et le batteur Art Taylor. Les musiciens sont tous des boppeurs, même si les deux « blancs » sont le plus souvent rattachés à l’école du « Cool Jazz », on le voit, les étiquettes volent avec plaisir et chacun ici est à sa place.


L’ordre et la durée des solos sont établis avec équité, chacun utilisant des créneaux de trente-deux mesures ou parfois seize, attribués dans les structures, de la même façon les chorus sont soumis à la justesse du partage, ainsi tout fonctionne bien et chacun est à sa place, aux côtés de ses voisins.


C’est là l’esprit du jazz, à charge de l’auditeur de repérer qui joue quoi et quand. La durée des pièces varie entre un peu plus de huit minutes, jusqu’à quinze, durée de la seule ballade de l’album « How Deep Is The Ocean », que je vous recommande.


Cette pièce est majestueuse, Al Cohn ouvre le ban des solos et prend en charge l’introduction, suivi par le pianiste, Red Garland, puis c’est au tour de Zoot Sims avec ce son si chaud et si suave, ensuite Paul Chambers intervient à son tour avec son archet, préparant la voie à Coltrane dont le son profond est déjà remarquable et le place direct parmi les grands. C’est donc Hank Mobley qui conclura l’affaire, on rencontre dans nombre d’albums sur Prestige la ballade qui tue et qui déchire comme il faut, à l’image de cette pièce…


Un sympathique conclave pas trop ecclésiastique, qui contient en son sein celui qui deviendra, d’une certaine façon, le « pape du jazz », bon, d’évidence il ne s’agit pas d'Hugues Panassié !


xeres
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le 1 mai 2025

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