Alan Shorter – Tes Esat (1971)
Celui-ci je vous la présente avec la pochette du vinyle, tellement plus belle que celle du Cd, hélas je dois me contenter de la moins prestigieuse des versions, mais qu’importe la musique est la même ! Pourtant les minutages annoncés pourraient laisser penser à un petit avantage côté Cd, mais ça semble assez marginal, les plus pointilleux iront jeter un coup d’œil sur « discogs », si l’envie se faisait sentir.
C’est un album que j’ai longuement guetté dans sa version originale, avec des flux et des reflux, finalement j’ai opté pour le choix raisonnable et je ne suis pas déçu. Je savais ce qu’il fallait attendre de cet album, un album free qui penche du côté de la déchirure, sans concession, de son époque, quoi.
Alan Shorter est trompettiste, c’est le grand frère de Wayne Shorter, côté musique, rien à voir, rien. Ici c’est du 100% pur jus de free. Alan c’est le frère un peu gênant, extrême, avec des trucs qui vont mal, des non-dits, c’est le musicien caché, resté dans l’ombre du génie. Une fois pourtant, Alan a participé à un album de Wayne pour un titre, « Mephistopheles » en soixante-cinq. Quand Alan est décédé, en quatre-vingt-sept, d’une crise cardiaque, Wayne l’a fait incinérer et a fait transporter ses cendres dans un temple japonais, sur le Fujiyama.
C’est qu’il brûlait Alan, et la proximité du volcan ne lui fait pas peur, les cendres appellent les cendres. Il signe les trois titres ici, « Disposition » qui s’étale sur vingt-sept minutes, « Beast of Bash », moins de trois et « One Million Squared » peut-être la plus réussie, d’une durée de onze minutes environ.
Alan est accompagné de Gary Windo au saxophone ténor, on se souvient de lui aux côtés du « Chris McGregor's Brotherhood Of Breath » ou du « Carla Bley Band », il est très bon ici. La légende Johnny Mbizo Dyani est à la basse, mais aussi au piano, à la flûte, et même aux cloches qu’il fait tinter. Rene Augustus est à la batterie et agite les cloches également…
C’est un album enregistré sur le label français « America Records » qui a signé de grands disques free de cette période. Ça s’est passé le onze mars mille neuf cent soixante-dix, dans les studios Decca de la rue Beaujon, nous dit-on.
Voilà, je ne vous en dis pas trop, sinon qu’il s’adresse avant tout aux amateurs de free, le sentiment également que l’on entend insuffisamment Alan sur cet enregistrement où les trois autres semblent peut-être encore plus en évidence, mais qu’importe il plaira de toute façon aux amateurs du genre…
(La pochette du vinyle est tout de même plus chouette.)