The 33 (OST)
6.4
The 33 (OST)

Bande-originale de James Horner (2015)

Lorsque les trente-trois mineurs chiliens furent piégés à près de 700 mètres sous terre en 2010, le monde entier suivit leur incroyable histoire. Leur sauvetage, après plus de deux mois d'attente, semblait relever du miracle. Hollywood ne tarda pas à s'emparer de ce récit hors du commun avec The 33, porté par Antonio Banderas sous la direction de Patricia Riggen. Si le film n'a pas rencontré le succès espéré, sa musique demeure l'un de ses plus précieux atouts.


Cette histoire de courage, de solidarité et d'espoir semblait faite pour James Horner. Peu de compositeurs savaient exprimer avec autant de sincérité les émotions humaines face à l'adversité. Tragiquement, cette partition accompagnera la fin de son parcours artistique : même si Southpaw fut enregistré après, The 33 restera le dernier film à sortir avec une musique entièrement originale signée James Horner avant sa disparition.


L'écoute réserve d'ailleurs une agréable surprise. On pouvait s'attendre à une œuvre volontairement austère, dominée par quelques instruments traditionnels sud-américains et une écriture minimaliste. Horner choisit exactement le chemin inverse. Son orchestre à cordes occupe une place essentielle et enveloppe les instruments andins d'une chaleur presque réconfortante.


Dès The Atacama Desert, le compositeur installe son univers. Les flûtes traditionnelles, soutenues par une pulsation discrète, introduisent progressivement un magnifique thème de guitare d'une grande simplicité. Cette mélodie lumineuse semble immédiatement traduire l'attachement des personnages à leur terre autant que leur profonde humanité.


Cette intimité se poursuit avec Empenadas for Dario, variation plus délicate encore du thème principal. Quelques cordes suffisent à accompagner la guitare, créant un climat d'une grande tendresse.


Le drame éclate véritablement avec To the Heart of the Mountain. Horner retrouve ici l'un de ses registres favoris : celui du danger imminent. Cordes nerveuses, percussions insistantes, électronique discrète mais efficace, tout concourt à faire monter la tension sans jamais tomber dans l'excès.


The Collapse surprend par son ampleur. Rarement on aurait imaginé une telle déferlante orchestrale dans une partition aussi intimiste. Cette séquence d'action, puissante mais toujours parfaitement maîtrisée, rappelle par moments certaines pages d'*Avatar*, sans jamais en reproduire la démesure.


Avec Buried Alive, la musique retrouve rapidement une atmosphère plus sombre. Les flûtes andines et la quena portent un thème profondément mélancolique qui traduit aussi bien l'isolement des mineurs que leur refus de céder au désespoir.


L'un des plus beaux thèmes de la partition apparaît dans Drilling, the Sweetest Sound. Plus léger, presque dansant, il apporte un souffle d'optimisme bienvenu. Cette mélodie reviendra régulièrement au fil de l'album comme un symbole de l'espoir renaissant.


À l'inverse, The Drill Misses (and Dreams Fade...) constitue probablement le passage le plus poignant de la bande originale. Horner ralentit considérablement le tempo et livre un bouleversante variation du thème principal où les cordes, la guitare et les flûtes semblent littéralement retenir leurs larmes.


Comme souvent chez le compositeur, les moments les plus spectaculaires naissent d'une écriture extrêmement retenue. Aiming to Miss développe ainsi une tension remarquable à partir de quelques textures électroniques, de cordes pincées et de discrètes sonorités cristallines.


L'émotion retrouve ensuite toute sa place dans We Are All Well in the Refuge, the 33 puis Always Brothers, où la guitare de George Doering offre une interprétation particulièrement touchante du thème principal. Horner y célèbre avant tout la fraternité qui unit les mineurs face à l'épreuve.


À mesure que le sauvetage approche, la partition gagne progressivement en ampleur. Fénix puis First Ascent accompagnent cette montée vers la lumière avec une remarquable élégance. Les cordes s'élèvent peu à peu tandis que les célèbres pulsations rythmiques du compositeur réapparaissent discrètement, donnant à l'ensemble une sensation d'accomplissement profondément émouvante.


Le sommet émotionnel arrive avec Celebrations. Horner y dévoile une nouvelle idée mélodique d'une noblesse exceptionnelle avant d'y ajouter un chœur hypnotique qui rappelle certains des plus grands moments de sa carrière. L'influence d'Ennio Morricone, compositeur qu'il admirait profondément, transparaît avec une pudeur touchante.


Après cette libération, Family Is All We Have choisit volontairement la retenue. Aucun triomphalisme inutile, simplement le soulagement et la paix retrouvée.


Les deux derniers morceaux referment l'album avec une infinie délicatesse. The 33 retrouve une dernière fois le thème de l'espérance, tandis que Hope is Love offre une ultime variation du thème principal dans un écrin orchestral d'une grande douceur. Difficile de ne pas y voir aujourd'hui un adieu involontaire de James Horner à son public.


The 33 n'a sans doute pas l'ampleur des grandes fresques qui ont bâti la légende de son auteur. Pourtant, peu de partitions témoignent avec autant de sincérité de sa capacité unique à transformer une histoire profondément humaine en une expérience musicale bouleversante. Sans chercher l'esbroufe, James Horner y signe l'une de ses œuvres les plus chaleureuses, les plus généreuses et les plus profondément émouvantes. Une conclusion magnifique à une carrière exceptionnelle.

evolution999
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le 3 août 2026

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