Dernier album de Fugazi avant le silence radio définitif. Un groupe que je n'ai jamais vu en concert ! C'est un des regrets, c'est ainsi, mais on n'en meurt pas.
Ian MacKaye et ses potes n'ont jamais cherché à se répéter le long de leur parcours collectif et discographique. La preuve encore en est par la tournure plus 'pop' de ce septième album studio qu'est The Argument. Pourtant, l'empreinte reconnaissable de Fugazi est toujours présente, déjà par des gueulantes emportées dans "Epic Problem" (morceau speed à l'intonation militante qui rapproche de In On The Kill Taker) ou "Ex-Spectator". On entend encore, ici ou là, des guitares se faire triturer les tripes par des mains nerveuses pour en sortir des cris métalliques d'ire et de douleur. Il y a d'autres superbes morceaux à découvrir ou à redécouvrir tel "Full Disclorure" d'où on entend le chant/hurlement malade de Guy Picciotto accompagné de choeurs à chaque refrain. "The Kill" surprend par sa quiétude où les guitares restent suspendues, comme se gardant tout le long de faire tomber une pluie de sons courroucés. "Strangelight" lui succède, appesantissant l'atmosphère, faisant sentir un front nuageux gonflé par de la retenue mais laissant déverser les crachins d'un violoncelle et d'un piano. Pour "Nightshop", la basse de Joe Lally offre une transcendance au morceau valorisé également par des effets d'échos de percussions.
Au résultat, The Argument se révèle être l'album le plus étoffé et le plus ouvert de Fugazi, par l'ajout de musiciens et de choristes participant au disque. Une mue continuelle truffée ici de trouvailles, mais qui (hélas ou tant mieux?) ne donnera pas suite.